Dans un communiqué diffusé hier aux journalistes par Mme Christine Fages, lors du point de presse bihebdomadaire au Quai d'Orsay, le chef de la diplomatie française « regrette que le Premier ministre désigné, M. Saad Hariri, chef de la majorité sortie des urnes le 7 juin dernier, n'ait pas été en mesure, après plus de deux mois de consultations, de former un nouveau gouvernement au Liban ».
Et le communiqué de M. Kouchner de poursuivre : « J'ai appelé le Premier ministre désigné aujourd'hui (hier, vendredi) pour saluer les efforts accomplis depuis deux mois et déploré les obstacles qui ont empêché à ce jour la formation du gouvernement. La France exprime son soutien aux autorités libanaises, en particulier au président de la République, M. Michel Sleiman, à qui revient la responsabilité à l'issue des consultations parlementaires régulières de désigner le prochain Premier ministre qui sera chargé de poursuivre les consultations engagées depuis les élections. J'appelle au sens des responsabilités de tous les acteurs libanais afin que les obstacles à la formation rapide d'un gouvernement soient levés. Je rappelle notre attachement à l'esprit de dialogue qui doit continuer de prévaloir, ainsi qu'à la stabilité, l'indépendance et l'unité du Liban. »
En fait, depuis le début des consultations de Saad Hariri pour former son premier gouvernement, Paris avait exprimé officieusement et par la bouche de personnalités diplomatiques, gouvernementales et parlementaires une inquiétude grandissante à l'égard des efforts interminables déployés par le Premier ministre désigné qui vient de se récuser.
Tout en blâmant certaines parties libanaises (de l'opposition) pour leurs attitudes rigides, des responsables du Quai d'Orsay reconnaissent que des interférences régionales et internationales ne facilitent pas la tâche de M. Hariri et que la crise libanaise est tellement imbriquée avec la conjoncture régionale et les frictions qui la caractérisent qu'il ne sera pas facile de mettre sur pied une équipe ministérielle libanaise cohérente et solidaire.
À Paris, on parle également d'une crispation interne en Iran du fait des pressions qui s'exercent sur le régime au sujet du dossier nucléaire. Cette crispation inciterait l'axe irano-
syrien à ne pas faire à la coalition saoudo-égypto-américaine le cadeau de favoriser une sortie de crise au Liban.
Mais des milieux diplomatiques français estiment que la prochaine Assemblée générale de l'ONU pourrait donner lieu, en coulisses, à des contacts entre les puissances régionales et les grandes capitales du monde pour que la tension politique au Moyen-Orient, qui se manifeste à divers niveaux et qui met aux prises plus d'une partie, ne se poursuive pas et que le corollaire libanais en ressente les effets bénéfiques.

