Styliste influent et homme d'affaires à poigne au physique de jeune premier, Tom Ford, l'ex-directeur artistique des maisons Gucci et Yves Saint Laurent qu'il a quittées en 2004, a dévoilé A Single Man, sa première réalisation. Adapté d'un roman du Britannique Christopher Isherwood, A Single Man dresse le portrait de George Falconer, un professeur de lycée d'âge mûr (Colin Firth), dont le compagnon meurt dans un accident de voiture. Huit mois plus tard, « se réveiller chaque matin est une douleur » pour George qui perd le goût de vivre malgré le réconfort apporté par sa vieille amie Charley (Julianne Moore), elle aussi rongée par la solitude. Témoin de cette dérive, un bel élève se rapproche de lui. Porté par l'interprétation toute en finesse de Colin Firth, A Single Man pâtit d'un usage peu subtil de la couleur : le technicolor fait brutalement irruption à chaque éveil de la sensualité du héros. Reconstitués avec soin mais sans grande originalité, le décor et l'esprit des « sixties » - le film se passe en 1962, pendant la crise des missiles à Cuba - sont présents dans A Single Man, qui évoque aussi en passant la réprobation sociale liée à l' « homosexualité invisible » de l'époque.
De son côté, le Belge Jaco Van Dormael (Toto le héros, Caméra d'or du meilleur premier film à Cannes, en 1991) a dévoilé son troisième long-métrage, Mr. Nobody, avec Jared Leto, Diane Kruger et Sarah Polley. Ce film-fleuve à gros budget de plus de deux heures semble recycler deux décennies d'œuvres de science-fiction pour raconter, à grand renfort de sauts temporels et d'effets spéciaux, une histoire d'amour tout sauf originale. En 1992, un vieillard est interrogé sur son lit de mort par un journaliste curieux de sa vie, la seule à s'achever puisque l'espèce humaine a atteint une « semi-immortalité ». Il se lance alors dans un récit à multiples ramifications, imaginant la tournure prise par son existence selon les choix faits à des étapes cruciales de celle-ci (divorce des parents, premiers flirts, mariage etc.). Un écrasant sentiment de confusion et de « déjà-vu » saisit rapidement le spectateur.

