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Nos lecteurs ont la parole

Construire au Levant le kaléidoscope des ethnies et des religions

Wassim HENOUD
Peut-on dire que le conflit avec Israël est en train de muer en une sorte de guerre civile arabe sur fond religieux ? Une question à méditer profondément tant la portée d'une telle affirmation est grave puisqu'elle justifierait de fait le principe du transfert de populations et légitimerait, par ricochet, l'implantation des Palestiniens sunnites dans les pays qui les ont accueillis, dont le Liban, à la place des juifs qui ont quitté les contrées arabes pour s'installer en Israël (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 10 septembre 2009).
Un tel aboutissement est de plus en plus défendu par des lobbies réunis dans le JJAC (Justice for Jews from Arab Countries) qui représente 77 organisations de défense des intérêts des juifs arabes, et qui refusent le retour de ces juifs dans les pays qu'ils ont quittés, mais réclament haut et fort des compensations financières et morales largement supérieures à celles proposées aux palestiniens. Le Congrès US, dans sa résolution 185 d'avril 2008, a déjà reconnu le statut de réfugié juif arabe. Les Parlements européen, britannique et italien et le House of Lords britannique ont déjà entendu les représentants du JJAC en juin et juillet 2008. La Libye a paraît-il déjà ouvert la voie d'une proposition de compensation qui risquerait de faire boule de neige. L'exemple du succès d'un plan stratégique soutenu par une patience infinie, propre à l'action des organisations juives, devrait nous faire mûrement réfléchir.
En effet, il faudra mieux aiguiser nos stratégies afin de contrer un projet d'État religieux qui a attendu 66 ans, de 1882 à 1948, pour se réaliser et prendre forme. Nos décisions à l'emporte-pièce et nos gesticulations peuvent-elles en empêcher le dénouement inévitable ? Celui d'un transfert de fait, jadis imposé par les guerres, dans l'attente d'un transfert de convenance quand la paix sera signée. Et si ça prend une cinquantaine d'années en plus, ça restera dans le domaine du raisonnable pour un peuple qui a fêté pendant 2000 ans la Pâque en formulant le vœu : « L'an prochain à Jérusalem... ».
À noter que les tentatives du retour juif en Palestine remontent au XVIIe siècle, et que le noyau de l'État hébreu avait déjà acquis sa masse critique dès 1882, c'est-à-dire quinze ans avant le premier congrès sioniste à Bâle, en août 1897, avec un ambitieux et vaste programme d'achat de terrains en Palestine financé par le baron de Rothschild, Pereire, et autres. C'est dire !
Je me suis toujours demandé si des descendants de juifs libanais, exilés ou librement établis en Israël, avaient pris part à des opérations contre le pays du Cèdre depuis 1986. Et si c'était le cas, est-ce qu'ils ont dû ressentir la même hargne destructrice qui fut la nôtre durant la folie de nos guerres fratricides, en pilonnant les villages et l'infrastructure d'un pays qui fut jusqu'à très récemment le leur... La réfection de la synagogue de Wadi Abou-Jmil suffira-t-elle à les voir enfin entamer leur voyage de retour, première faille dans le mur de haine qu'Israël a construit pour sa défense ? On a le droit d'en douter...
Car la déclaration du pape Jean-Paul II - « Le Liban est plus qu'un pays, il est un message » -  prendrait alors toute sa signification et mériterait qu'on lui prête, malgré ou à cause de son paisible contenu, une profonde attention dans l'élaboration de notre stratégie défensive. Confronter les visées d'un Israël colonialiste est radicalement différent que s'opposer à un État composé principalement de juifs arabes et d'autres Arabes qui les soutiennent. Israël État arabe ne serait plus du domaine de l'impossible - même si l'idée doit en faire sourire plus d'un. En ayant incorporé des juifs de tous les pays arabes et en leur ayant fourni l'identité à laquelle ils aspiraient, Israël n'aurait-il pas, comble de l'ironie, réalisé l'embryon du rêve d'union arabe ?
Comment répondre à ce défi autrement qu'en construisant au Levant le kaléidoscope des ethnies et des religions et confessions qui le composaient ? En invitant à y revenir avec fierté et splendeur, moins par les paroles que par les actes, tous les expulsés et les déplacés à cause de la persécution latente ou déclarée de la confession ou de la religion. C'est de la démonstration au monde que l'islam peut attirer vers lui les autres religions que surgira la source vive de la solution, et le cœur de la stratégie de défense à long terme des pays du Levant. Sinon, le cliché d'un océan monochrome d'où émergerait aux yeux du monde le « paradis » d'Israël perdurera ; et gagner de la terre sur l'océan, tout le monde s'en réjouit et s'en félicite.

Wassim HENOUD
Peut-on dire que le conflit avec Israël est en train de muer en une sorte de guerre civile arabe sur fond religieux ? Une question à méditer profondément tant la portée d'une telle affirmation est grave puisqu'elle justifierait de fait le principe du transfert de populations et légitimerait, par ricochet, l'implantation des Palestiniens sunnites dans les pays qui les ont accueillis, dont le Liban, à la place des juifs qui ont quitté les contrées arabes pour s'installer en Israël (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 10 septembre 2009). Un tel aboutissement est de plus en plus défendu par des lobbies réunis dans le JJAC (Justice for Jews from Arab Countries) qui représente 77 organisations de défense des intérêts des juifs...
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