Tout ça pour, finalement, pas grand-chose, étant donné le blocage actuel. « Il ne faut pas prendre pour prétexte la Constitution pour retourner à une logique isolationniste. » Cette déclaration émanait hier d'un pôle de l'opposition, et elle est inquiétante. La Constitution n'est pas un prétexte. Elle s'impose par elle-même, tout simplement parce qu'elle est. Dans un système démocratique, quelles que soient les circonstances, quels que soient les aléas de la politique, ce texte est la seule et unique référence. Et il ne sert surtout pas de prétexte, car tel n'est absolument pas sa fonction.
Mais finalement, ce n'est pas uniquement l'auteur de cette déclaration qui fait fi des dispositions de la Constitution. C'est l'ensemble des acteurs de la scène politique qui s'enlisent dans les détails des calculs personnels et communautaires pour rendre quasi impossible la formation d'un nouveau cabinet. Certes, la Constitution ne prévoit pas de délai maximal durant lequel le cabinet doit être formé, mais tout texte constitutionnel se doit d'être interprété dans le sens du bon fonctionnement des institutions.
Il y a donc ensuite eu, en filigrane, un étrange ballet qui semble désormais lier majorité et opposition. Il y a comme un partage implicite des rôles. Comme si au fond, le vide institutionnel actuel arrangeait en fait véritablement tout le monde. Qu'il était soigneusement réglé, comme du papier à musique. L'opposition, et principalement le Hezbollah, n'a pas besoin d'un gouvernement pour continuer d'exister. Bien au contraire, toute crise institutionnelle lui permet de se renforcer. Au sein de la majorité, et notamment pour le Courant du futur, l'heure est plus à la consolidation d'une position politique chèrement acquise qu'à la mise en place d'un système gouvernemental viable qui, à la longue, ne ferait qu'éroder le leadership croissant qu'exerce jour après jour le Premier ministre désigné, Saad Hariri, sur la scène sunnite.

