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Nos lecteurs ont la parole

Implantation : la simplification qui dessert la cause palestinienne

Wassim HENOUD
Contrairement à ce qu'espèrent quelques optimistes ou à ce que craignent ceux qui crient au complot, l'implantation des Palestiniens ne rapportera pas plus au Liban que ce qu'avait amené jadis dans sa corbeille le diktat de Taëf.
On nous avait promis à l'époque quelques milliards de dollars d'aide pour des programmes de reconstruction, on a fini par nous faire hypothéquer notre avenir pour gonfler les poches de quelques-uns, d'ici ou d'ailleurs. Mais ça, c'est une autre triste histoire.
Faut-il souligner qu'il n'y a pas que le Liban qui craint les problèmes que pose la présence des réfugiés palestiniens sur son sol, y compris leur possible implantation permanente ? La Jordanie aussi est menacée de graves problèmes si les Palestiniens à qui elle a donné refuge devaient s'implanter chez elle. Ils sont 10  chez nous et plus de 60 % là-bas, le calcul est simple : là où nous aurions à pâtir d'un déséquilibre confessionnel qui n'intéresse personne à part les Libanais, une grave déstabilisation démographique nationale serait fatale à l'État jordanien. Or, depuis la signature de l'accord de paix avec Israël, à part quelques aides insignifiantes en comparaison à la taille du problème de ses réfugiés, celui-ci reste entier pour le royaume hachémite.
Car l'Occident, autant que le reste du monde, n'ont jamais succombé à une quelconque culpabilité quand il a fallu, si le « bien général » le requérait, envisager de déraciner pour les replanter ailleurs des populations faibles et instables si elles n'arrivaient plus à s'adapter aux changements survenus dans leur environnement. La définition du concept de bien général répondant surtout aux critères des intérêts en cours et à l'efficacité des médias qui en font la réclame ; le cynisme du plus fort en sorte !
Cette solution extrême a toujours été acceptée comme une alternative logique du moment qu'elle mettait fin à un conflit coûteux ou permettait tout au moins de l'éviter. L'homogénéité ethnique en reste le principal moteur ; comme l'expulsion en 1945 vers l'Allemagne, en représailles, des populations de souche allemande implantées depuis des siècles dans les pays de l'Est européen ; ou la fuite précipitée vers la métropole, à l'indépendance de l'Algérie, de plus d'un million de pieds-noirs ainsi que d'une centaine de millier de harkis, ces jouets de l'histoire, selon le général de Gaulle - un terme à méditer...
Religion, ethnicité, politique, ou économie, toutes les raisons sont bonnes pour justifier ces tristes entreprises. De la Corée aux guerres oubliées d'Afrique, des dizaines de guerres sanglantes ont occasionné des transferts de population qui ont largement dépassé par leur ampleur, chacune des vagues qui ont conduit depuis soixante ans, le peuple palestinien sur les chemins de l'exil.
Leur déracinement puis l'implantation des réfugiés palestiniens dans les pays qui les ont accueillis sont par conséquent loin d'être vécus comme des traumatismes par le reste de l'humanité. Si la cause palestinienne a attiré l'attention en servant de détonateur pour des conflits divers, personne, à part quelques doux rêveurs, ne croit plus à la possibilité d'un retour des enfants des réfugiés de 1948 et de 1967 sur les terres de leurs ancêtres. Que les Palestiniens de la diaspora ne se soient pas précipités pour investir dans l'embryon de pays qui leur fut acquis après les accords d'Oslo n'a pas aidé non plus.
Qui plus est, de tous les conflits qui ont abouti à des expulsions en masse, ceux motivés par la religion sont ceux où le retour des expulsés est le plus problématique, et où les souffrances indélébiles des personnes concernées ne pèsent pas lourd. Nos guerres ont dû nous en apprendre quelque chose, nous qui restons en attente, un quart de siècle après, du retour des déplacés de la Montagne et d'ailleurs. Or l'erreur stratégique qui consiste à réduire à sa portion congrue la population chrétienne en Palestine donne au conflit israélo- palestinien un aspect islamo-juif qu'il n'a jamais eu au départ. Cette simplification dessert la cause palestinienne et soutient celle d'Israël en lui permettant de justifier que le monde arabe demeure un espace uniforme où les réfugiés devront pouvoir naturellement s'intégrer.
Nous nous trouvons donc face à un État hébreu dont la population juive est à
50 % d'origine arabe, à laquelle s'ajoute des juifs d'autres origines, mais qui sont nés en Israël et ne connaissent que lui comme pays ; si on compte aussi les communautés arabes non juives, mais minoritaires dans le Levant et qui s'accommodent de la domination juive, ou qui lui ont prêté allégeance, le schéma d'une lutte anticoloniale qu'on nous a inculqué depuis toujours commence à s'effriter dangereusement. Ainsi, quand on leur conseille gentiment, en juillet 2006, de quitter leurs foyers pour laisser les coudées franches aux lanceurs de roquettes à partir du Liban, les Palestiniens de 1948 font la sourde oreille. On dira ce qu'on voudra, mais il est indéniable que les leçons de la Nakba de 1948 ont été très bien assimilées. Quant aux Alaouites qui occupent la partie libanaise du Ghajar, ils ont vite fait leur choix entre être frères syriens chez nous, ou rester israéliens à part entière sur nos terres occupées. L'attitude conciliante du Hezbollah à leur égard reste à ce propos assez ambiguë.

Wassim HENOUD
Contrairement à ce qu'espèrent quelques optimistes ou à ce que craignent ceux qui crient au complot, l'implantation des Palestiniens ne rapportera pas plus au Liban que ce qu'avait amené jadis dans sa corbeille le diktat de Taëf.On nous avait promis à l'époque quelques milliards de dollars d'aide pour des programmes de reconstruction, on a fini par nous faire hypothéquer notre avenir pour gonfler les poches de quelques-uns, d'ici ou d'ailleurs. Mais ça, c'est une autre triste histoire.Faut-il souligner qu'il n'y a pas que le Liban qui craint les problèmes que pose la présence des réfugiés palestiniens sur son sol, y compris leur possible implantation permanente ? La Jordanie aussi est menacée de graves problèmes si les Palestiniens...
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