C'est donc sur cette belle étendue verte, ponctuée d'arbres, d'une mare d'eau, de canards, que le champion fait le tour du propriétaire en parfait guide, franchissant dans la golfette de service les collines, les plats, les coins et recoins de ce gazon qu'il connaît par cœur.
Car avant d'être plusieurs fois champion du Liban, de décrocher de nombreux titres aux Jeux panarabes et méditerranéens, seul ou en équipe, Ali Hammoud, 39 ans au compteur, était ramasseur de balles, puis jardinier. Aujourd'hui, côté jardin, il est le champion. Côté cour, il est caddy master, responsable des casiers et du matériel des joueurs. Surtout, il se sent naturellement chargé d'une mission, qu'il mènera avec la même fidélité jusqu'au dernier jour de sa vie, inchallah : veiller sur ce terrain de prédilection, veiller sur la bonne marche des choses dans ce club qu'il « fréquente » depuis trente ans. S'assurer que les herbes sont heureuses, pas folles, et en bonne santé. Et glaner d'autres titres, si Dieu le veut. Serein, « c'est surtout le golf qui m'a calmé », précise-t-il, il raconte son aventure. Étonnante de simplicité. Étonnante tout court.
Un premier emploi
Il avait à peine dix ans lorsqu'il débarque dans ce club, « tout à fait par hasard », cherchant un emploi. Rapidement engagé comme aide, ramasseur de balles sur le practice rage, l'espace d'entraînement, le garçon observe les joueurs sur le terrain, imite leurs gestes avec un bâton en bois et un bouchon de bouteille d'eau minérale. Il saisit les ficelles du jeu, retient les mouvements et la manière, se crée un style sans le vouloir, sans s'en apercevoir. Encouragé par le fondateur et président du Golf Club, le regretté Salim bey Salam, il participe en 1989 à des compétitions locales et un premier concours international qui eut lieu à Athènes. « C'était mon premier voyage », raconte-t-il. Puis les titres se succèdent. Ali Hammoud sera champion du Liban entre 1994 et 2005, avec quelques absences. « Depuis, il n'y a plus eu de championnat au Liban, je suis le dernier à avoir ce titre... » Il remporte de nombreuses autres médailles aux Jeux panarabes et aux Jeux méditerranéens, ce qui lui permet également de voir le monde et de voir comment se dessinent et sont entretenus les jardins. Car Ali n'oublie pas qu'avant tout, il a des devoirs envers le Golf Club. « J'ai vécu ici tous les moments, les meilleurs et les pires : l'invasion israélienne en 1982, les guerres de Michel Aoun, et la guerre de 2006 avec Israël. » Il ne manquera jamais à l'appel, quelles que soient les circonstances de ces années de vie en commun. Le travail avant tout, il avoue : « Je n'ai plus beaucoup de temps pour m'entraîner, mais je joue toujours bien. »
Père de trois enfants, qui ne jouent pas encore au golf, il conclut : « Dieu m'a donné plus que je ne mérite. Le golf est dans mon sang. Il est arrivé à moi naturellement. »
Le champion du Liban met fin à l'entrevue. Les dates, il ne s'en souvient pas vraiment. Les médailles et les honneurs ne le flattent pas. Rangés dans un coin de sa mémoire, pour sa propre fierté, il s'en va, calme et heureux, retrouver ses responsabilités.

