« Il y a entre 10 000 à 20 000 personnes et de nombreux policiers à chaque carrefour. Plus de 100 policiers tous les 400-500 mètres », a déclaré la directrice d'un centre médical, une Han, l'ethnie fortement majoritaire en Chine, qui a requis l'anonymat. « J'ai entendu qu'il y avait eu une manifestation hier. Aujourd'hui, je l'ai vue ; ils scandaient "Protégez notre patrie !" La plupart sont des Hans », a ajouté cette responsable. La police s'est déployée en nombre à Urumqi, où le climat était tendu, et a appelé la population de la cité à rester chez elle en raison des manifestations, ont raconté des témoins à l'AFP.
« J'ai fermé ma boutique. J'ai peur de sortir. Il y a beaucoup de gens dehors en train de manifester », avait déclaré dans l'après-midi une commerçante avant de raccrocher brusquement. « Les Hans ont organisé une espèce de manifestation (...) qui semblait pacifique », a indiqué un médecin. « La police a imposé des contrôles routiers », a poursuivi Halisha, médecin de la communauté ouïghoure, disant ne pas avoir entendu de tirs. Ni les autorités municipales ni le gouvernement régional n'étaient joignables.
« Des dizaines de milliers de personnes » se sont rassemblées en plusieurs endroits à Urumqi pour protester contre une série d'agressions à la seringue visant des membres de divers groupes ethniques, a de son côté écrit l'agence officielle chinoise, ajoutant que les magasins et les marchés étaient fermés. Selon Chine nouvelle, des Ouïghours, musulmans turcophones, qui avaient eu en juillet des affrontements avec des Hans ayant fait près de 200 morts, étaient au nombre des protestataires ayant perturbé la circulation. L'agence a ajouté que 21 personnes, dont l'ethnie n'a pas été précisée, avaient été interpellées après avoir agressé des membres appartenant à neuf groupes ethniques, dont des Hans et des Ouïghours. Quatre d'entre elles seront poursuivies pour actes criminels.
Personne n'a été contaminé ou empoisonné à la suite des attaques à la seringue, affirme par ailleurs Chine nouvelle, qui rappelle que l'on ignore la raison pour laquelle les agresseurs utilisent des seringues et ce que celles-ci contiennent. La chaîne de télévision officielle Bingtuan, dont le siège est au Xinjiang, a annoncé que « depuis le 20 août » 476 personnes avaient été ainsi agressées.
Urumqi a été secoué début juillet par des violences interethniques entre Hans et Ouïghours qui ont fait au moins 197 morts officiellement, mais « beaucoup plus » selon les opposants en exil membres de cette communauté musulmane et de langue turque. Les violences interethniques avaient éclaté le 5 juillet lorsque des Ouïghours s'en étaient violemment pris à des Hans. Les jours suivants, des Hans armés de bâtons et de pelles avaient déferlé dans les rues pour se venger, en dépit d'un imposant dispositif policier. « Les Hans sont toujours en colère du fait qu'on n'arrive pas à les protéger », a expliqué hier un Han d'Urumqi, Chen Xiping. Une Han a indiqué que les deux derniers jours avaient été particulièrement tendus dans cette agglomération de près de deux millions d'habitants.
Pour sa part, la dissidence ouïghoure en exil a fait état de blessés. « Nous avons appris que plus de dix Ouïghours avaient été blessés », a déclaré à l'AFP le porte-parole du Congrès ouïghour mondial (COM), Dilat Raxit, dont le siège est en Allemagne. La Chine avait accusé le Congrès d'avoir fomenté les troubles.

