Garder les femmes dans leur village en leur trouvant une occupation lucrative est l'un des objectifs du projet « Développement de la compétitivité de la production rurale en faveur des communautés marginalisées affectées par la guerre ». Un projet d'une valeur globale d'un million vingt-neuf mille euros, financé par l'Union européenne et réalisé par l'ONG italienne Institut pour la coopération universitaire (ICU), en coopération avec Caritas-Liban. Étalé sur deux ans, ce projet a débuté en décembre 2007, indique son directeur, l'ingénieur agronome Giancarlo Campanella.
Au centre Caritas de production agroalimentaire de Deir el-Ahmar, trois villageoises sont de permanence. Elles ont terminé, il y a une dizaine de jours, la production des confitures d'abricot et de fraise. Elles n'ont plus qu'à étiqueter les pots avant leur commercialisation sous le label « Intajouna » de Caritas. Mona Imad, Hyam Fakhri et Amal Saadé font partie des 20 femmes bénéficiaires du projet issues de différents villages de la région. Elles ont toujours fabriqué leur « mouné », leur réserve alimentaire pour l'hiver, comme le veut la tradition villageoise. Mais il y a deux ans, alors qu'elles cherchaient à vendre leur production du terroir, avec le soutien de la municipalité de leur village, elles ont été confrontées à de nombreux obstacles : les locaux inadaptés, le manque d'équipements et d'eau, la difficulté à commercialiser des produits peu concurrentiels.
Depuis à peine un mois, grâce au projet de l'Union européenne, elles bénéficient non seulement d'un savoir-faire tout neuf acquis à l'issue d'une formation, conforme aux normes de production européennes, mais elles pratiquent également leur savoir-faire avec l'encadrement d'une ingénieure agronome, au centre de production agroalimentaire de Caritas.
La réhabilitation de ce centre, d'une surface de plus de 1 000 m2, a été réalisée grâce aux fonds du projet, et les nouveaux équipements industriels permettent déjà de lancer une production naturelle, sans agents conservateurs, constituée de confitures en tout genre, de vinaigre, de cornichons, d'eau de rose, de kichk, de labné à l'huile, etc. Quant à la commercialisation de la production, elle est assurée par Caritas-Liban, sous le label « Intajouna », dans plusieurs supermarchés et magasins, notamment au Charcutier Aoun, chez Hawa Chicken, au supermarché Fahd à Jounieh, au Storium Saliba de Kornet Chehwane et au Prime supermarket de Sin el-Fil. Un réseau qui est en passe de s'élargir.
« Le soutien à la commercialisation est important. Il constitue une partie essentielle du projet », explique le Dr Campanella, précisant que dans cet objectif, les femmes ont reçu des formations relatives aux coûts et aux protocoles de production. « Nous avons beaucoup travaillé pour baisser les prix », souligne-t-il.
Bientôt, un pressoir à olives
Mona, Hyam et Amal ne travaillent pas encore à plein- temps, mais sur commande. « Nous sommes payées 2 500 LL l'heure, raconte Hyam. Ce n'est pas beaucoup, d'autant que le travail est fatigant et que nous travaillons parfois les dimanches. Mais il n'y a pas d'autre perspective d'emploi dans la région. » À la fois enthousiaste et sceptique, Hyam souhaite vivement que ce projet lui permette de rester au village. Autrement, elle devra se résoudre à chercher un emploi à Beyrouth. « L'écoulement de la production est encore timide. Il faudrait que les consommateurs connaissent nos produits pour les acheter », constate-t-elle avec anxiété. De son côté, Mona semble plus optimiste, car le projet ouvre de nouveaux horizons aux femmes rurales. « Nous avons acquis un savoir-faire tel que nous nous sentons aujourd'hui capables de faire fonctionner la chaîne de production toutes seules », lance-t-elle fièrement. Elle est intarissable sur les mesures strictes d'hygiène, la formation à l'utilisation des nouveaux équipements, le choix des produits, le processus de fabrication...
Le centre de Deir el-Ahmar sent encore le neuf. Il est composé d'une salle de production, d'une cuisine, d'une chambre froide, d'une pièce pour la réception des marchandises, d'un dépôt destiné aux produits finis, d'une salle d'exposition... La pièce consacrée à la production est vaste. Quelques machines industrielles ont été installées, tout récemment, financées aussi par le projet, notamment un mélangeur à confiture qui a servi à la fabrication des premières confitures, une machine à presser les aubergines, un séchoir... « Nous avons prévu d'équiper cette pièce de 5 lignes de production », affirme M. Campanella. À l'autre bout du bâtiment, une large pièce est encore vide. C'est là que sera installé, en septembre, un pressoir à olives d'une capacité de 350 à 400 kg par heure. « Un pressoir attendu avec impatience par près de 600 agriculteurs des villages environnants », ajoute M. Campanella. Il précise à ce propos que « de nouvelles oliveraies ont vu le jour dès que la nouvelle a circulé ». « Les agriculteurs faisaient auparavant le déplacement jusqu'au Hermel pour presser leurs olives, explique-t-il. Ce pressoir leur permettra de réduire leurs coûts de production », ajoute-t-il. L'appel d'offres pour l'acquisition du pressoir sera d'ailleurs lancé incessamment.
Le projet se concrétise lentement, mais sûrement. « Nous avançons pas à pas, pour bien faire les choses. Car cette activité doit s'autofinancer dès la fin du projet prévue pour mai 2010 », espère le Dr Campanella. Un espoir partagé par les bénéficiaires qui naviguent entre excitation et anxiété. « J'ai tellement peur que cela s'arrête », lance Hyam.
*Europa Jaratouna est un projet médiatique initié par le consortium L'Orient-Le Jour, al-Hayat, LBCI, et élaboré avec l'aide de l'Union européenne. Il traite des actions de l'UE dans 8 pays du sud de la Méditerranée. Pour en savoir plus, visitez le site
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