L'hypothèse que la marque à l'éclair, créée en Allemagne il y a plus d'un siècle, disparaisse avait en effet soulever une vive émotion dans le pays.
Reprenant une idée de ses partenaires de coalition, les sociaux-démocrates (SPD), la chancelière conservatrice (CDU) soutient depuis des mois un rachat d'Opel par l'équipementier canadien Magna, adossé à la banque russe Sberbank, et s'est engagée à apporter des milliards d'euros d'aides publiques.
Mais la vente n'a pas été conclue car GM privilégiait jusqu'à présent l'autre candidat encore en lice, l'investisseur belge RHJ, voyant d'un mauvais œil la présence d'investisseurs russes aux côtés de Magna.
À présent que le groupe américain est redressé et qu'il peut compter sur le soutien du gouvernement américain qui le contrôle à plus de 60 %. Il pourrait même choisir de garder Opel dans son giron.
« Les responsables politiques allemands ont fait leur choix beaucoup trop vite », critique Fred Irwin, président de la société fiduciaire créée par Berlin et qui contrôle actuellement Opel de concert avec GM. « GM peut tout à fait ne choisir aucune des deux offres », ajoute-t-il.
Le gouvernement, en privilégiant Magna, « a conduit Opel et l'Allemagne dans un cul de sac », s'est aussi emporté cette semaine Guido Westerwelle, chef du parti libéral FDP, aujourd'hui dans l'opposition mais qui pourrait être amené à gouverner avec la CDU après les élections du 27 septembre.
« Le gouvernement fédéral a fait une grosse erreur », a-t-il ajouté.
Même le commissaire européen à l'Industrie, l'Allemand Günter Verheugen, a critiqué son action. « L'action d'un gouvernement ne peut pas se substituer à la responsabilité » de GM, a-t-il estimé.
Face à ces critiques, Mme Merkel a répété jeudi que le gouvernement avait fait son devoir en voulant sauver Opel, qui emploie environ 51 000 salariés en Europe, dont la moitié en Allemagne.
« Il existe un fort consensus dans tous les pays européens où est implanté Opel sur l'idée qu'il était bon d'éviter le chaos d'un dépôt de bilan de GM et de GM Europe, et de prendre en charge les salariés », a-t-elle fait valoir dans une interview au quotidien Die Welt, après s'être déjà justifié la veille lors d'une intervention télévisée.
Elle a martelé une nouvelle fois son soutien à l'offre de rachat de l'équipementier canadien, alors que, selon la presse, Berlin était prêt à reconsidérer la candidature de RHJ. « Le gouvernement a une préférence pour le concept de Magna », répète-t-elle dans Die Welt.
L'espoir d'une décision rapide s'est en tout cas envolé. Mais le crédit de 1,5 milliard d'euros déjà accordé à Opel ne sera suffisant que jusqu'à janvier, a averti le ministre de l'Économie, Karl-Theodor zu Guttenberg, mercredi devant une commission parlementaire.
Il s'est pourtant voulu rassurant concernant la survie du groupe. « Nous ne discutons pas non plus dans le sens d'un dépôt de bilan », a-t-il assuré.

