Ne pouvant pas tenir la dragée haute au monde entier, le général a dû souscrire à l'accord de Doha. Un homme de consensus, le général Michel Sleiman, a donc été élu président de la République libanaise. Après cette déconvenue, le chef du CPL, misant sur le soutien du Hezbollah et de ses armes, a quand même continué à espérer qu'après les législatives, on pourrait abréger le mandat du président Sleiman, pour qu'il prenne sa place. Sinon à travers une majorité des deux tiers que les prosyriens décrocheraient à la Chambre, du moins à travers une obstruction suffisamment efficace pour forcer un renversement de table. Il a été ainsi question d'une IIIe République, excusez du peu, devant régir le changement et la réforme chers au général Aoun.
Le delirium très mince s'annonce. Pour préparer le terrain, en base du plan A fondé sur l'obtention d'une majorité écrasante à la Chambre, il a carrément appelé les Libanais à ne voter pour aucun des candidats du 14 Mars, (!) affirmant que « la corruption, la pourriture, rongent autant la majorité que le pouvoir ». Il s'est également attaqué au centre en devenir et à ses candidats, suppôts masqués, à ses yeux, du 14 Mars, inventés spécialement pour lui ravir des strapontins dans son fief électoral. Ajoutant que si ces paravents devaient être mis au compte du président Sleiman, il était prêt pour sa part à lui prêter ses propres députés, au besoin.
Il n'a même pas négligé, dans ses diatribes, les édiles des municipalités, les moukhtars, voire des services de police, les accusant de faire pression sur les électeurs contre lui. Et, bien entendu, les médias ont eu leur part dans cette généreuse, cette large distribution : « Je laisse le milieu informationnel se dégrader jusqu'à devenir une serpillière. Que ces gens m'outragent autant qu'ils veulent, car je me sens au-dessus du plafond de l'atteinte », a-t-il lancé.
Il a ajouté qu'il ne voulait pas se tourner contre le chef de l'État, mais qu'en même temps il n'admettait pas son silence face aux offenses reçues. Comme si le président était son avocat personnel. Allant plus loin, son gendre, Gebran Bassil, avait violemment critiqué l'approbation par le chef de l'État de l'idée d'un bloc parlementaire neutre, affirmant que cela « ne forge ni souveraineté ni indépendance, le but réel étant de nous affaiblir ».
À l'issue d'une des réunions de son bloc, le général Aoun avait été jusqu'à demander la mise en accusation judiciaire du président du Conseil, Fouad Siniora, ainsi que des députés Walid Joumblatt et Saad Hariri, sous le chef d'accusation de porter atteinte aux relations libano-syriennes. Venant d'un tel personnage historique, marqué du chiffre 13 octobre, la pointe ne manque pas de saveur.
Défendant, encore et toujours, son gendre, il a lancé : « Un ministre qui se respecte doit, comme il le fait, faire obstacle aux infractions de la loi commises dans son département. » Très juste, mais il a ensuite promis de « couper la langue de ceux qui s'en prennent à nous ».
Sur le plan interne, il avait soutenu que c'étaient le président Amine Gemayel, leader des Kataëb, et le Dr Samir Geagea, chef des FL, qui avaient fait capoter une entente sur la question de la présidentielle. En précisant : « De quel droit la minorité bloque-t-elle la décision de la majorité chrétienne ? » On le sait, il n'a jamais été bien tendre avec Bkerké. Pour lui, le patriarche Sfeir « ne représente pas l'opinion publique et il ne lui appartient pas de décider à notre place ». Ce qui ne l'empêchait pas de revendiquer pour lui-même le titre de « patriarche de la rue chrétienne ». En même temps, il exigeait du patriarche et des évêques maronites des explications « sur les bruits leur imputant de couvrir les infractions constitutionnelles du gouvernement libanais. Une loyauté absolue est dévolue à un pouvoir connu pour sa corruption et par son accumulation des dettes publiques. Si nous voulons édifier un État, aucun des membres de la majorité actuelle ne doit revenir » (à la Chambre).
On en passe, et des meilleurs. Toujours est-il qu'encore une fois, le général Michel Aoun, n'ayant pas obtenu satisfaction, joue les bêtabloquants.

