Elle avait commencé en 2005 par Zahlé, sa ville natale. Mettant à profit son initiation à la fresque murale à Pérouse, l'artiste, qui enseigne l'art graphique à l'USJ (section Békaa), avait « maquillé », dans des tonalités de vert, l'enceinte en béton qui longe le boulevard Élias Hraoui et qui coupe la ville en deux. Elle l'avait habillée d'arbres, de plantes, de vignes et de fleurs ainsi que de façades de maisons en pierre ancienne et à tuile rouge, de portails en fer forgé, d'arcades et autres éléments de l'architecture traditionnelle libanaise... En trompe-l'œil bien évidemment !
Deux ans plus tard, toujours munie de sa palette verdoyante, elle s'était attaquée à la capitale, en repeignant dans le même style « naturel », mais adapté à un environnement plus citadin, le mur qui longe l'artère Charles Malek (et qui va de la Banque Byblos au tournant de la montée Mar Mitr).
Et là, elle vient de mettre le coup de pinceau final à la fresque ornant le mur d'enceinte du stade sportif de
Broummana.
Un projet - contrairement aux deux précédents, où elle avait elle-même pris l'initiative et même bataillé ferme pour obtenir l'autorisation d'embellissement - qui a été commandé à la jeune femme par Walid Rizk, président de la municipalité de Broummana, qui venait de rénover ce stade de basket et voulait, par le biais du trompe-l'œil, l'enchâsser harmonieusement dans son environnement.
La municipalité, budget limité oblige, ne pouvant financer le projet qu'à hauteur des frais de matériel et produits requis, et n'ayant par ailleurs pu intéresser aucun sponsor à cette entreprise, Carole Chaker a offert son temps et sa contribution personnelle gracieusement.
Thème sportif
Après avoir fait nettoyer et unifier le mur d'enceinte du stade, elle a consacré quasiment tous les après-midi de ces deux derniers mois à l'élaboration de la composition paysagère de 275 m2 qui s'inscrit, en fond de stade, dans le prolongement de la verdure environnante. Sauf que cette fois et pour la première fois, elle a également peint un thème sportif, reproduisant de façon artistique les mouvements des basketteurs, qu'elle a inséré au centre de sa fresque murale.
Si le mélange de thèmes peut sembler un peu hybride, l'initiative reste à saluer. Tout comme la persévérance de l'artiste qui, aidée de Maya Nabbout, sa sœur (dont le fils de 12 ans a également profité de ses vacances scolaires pour lui donner un coup de main), ne rechigne pas à enfoncer toutes les portes pour obtenir l'autorisation de repeindre les murs lépreux du pays.
Un objectif titanesque qui ne semble pas rebuter cette jeune femme mue par le désir - idéaliste ? - d'apporter sa contribution à l'embellissement du pays. Et qui s'est déjà attelée aux croquis préparatoires de son prochain projet. Une fresque qui redonnera les couleurs de la nature au tronçon de mur grisâtre le long de la descente de l'Hôtel-Dieu à Beyrouth. L'accord de principe de la municipalité a déjà été obtenu, il ne manque plus que le concours des sponsors pour que l'artiste au pinceau vert installe ses échafaudages et s'y attaque. À bons entendeurs...

