Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Joumblatt entre le marteau et l’enclume

Par Salim F. DAHDAH
Déchirant et désolant come-back que celui de ce grand chef historique de la révolution du Cèdre de 2005 et l'un des principaux promoteurs du mouvement du 14 Mars.
Loin de réagir avec virulence ou fâcherie au discours prononcé par Walid Joumblatt à l'assemblée générale du PSP, c'est plutôt avec un sourire déçu et un sentiment de réserve et de diplomatie, voire même une impression de déjà-vu, que la majorité de ses alliés et leurs électeurs l'ont écouté. Un texte où il tente d'expliquer tant bien que mal sa fugue de quelques années hors de son environnement naturel et son désir, aujourd'hui, de faire amende honorable, pour être reçu à nouveau, comme l'enfant prodigue, dans cette « maison paternelle » où féodalité, internationale socialiste et ouverture politique tous azimuts ont cohabité. Les châtelains de Moukhtara avaient en effet choisi depuis l'indépendance de 1943 trois grands titres pour développer leur action politique, à savoir : le marteau et l'enclume russes, la rose rouge socialiste et le nationalisme arabe. Ces options stratégiques allaient permettre aux druzes du Liban de bénéficier, au fil des années, d'une infrastructure solide de couvertures politiques nationales, régionales et internationales, ainsi que d'une parfaite intégration dans la contexture sociopolitique libanaise, d'un développement économique équilibré et enfin d'un épanouissement culturel et religieux en parfaite harmonie avec les druzes de tous les pays voisins de la région. Tous ces apports se sont donc entremêlés et se sont ajoutés à ceux des autres communautés pour enrichir le patrimoine national et une formule de cohabitation libanaise unique dans son genre au Moyen-Orient.
Mais est-ce que les objectifs de Walid Joumblatt sont uniquement ceux que nous avons ci-haut mentionnés, ou vont-ils ailleurs et plus loin ?
Selon nombre d'observateurs, l'homme est imprévisible et incontrôlable ; il appartient à une « race » politique atypique ; il est inquiétant parce que solitaire, secret et d'humeur changeante. Selon d'autres, c'est un grand stratège, un visionnaire et un opportuniste politique de haut niveau, ou encore un pragmatique avec les pieds sur terre. Mais tous ces qualificatifs restent quand même insuffisants pour cerner les raisons profondes et réelles de ce cataclysme politique. Il faut y ajouter certainement les événements qui se sont succédé depuis l'année 2000 à ce jour et qui ont entraîné sa première autocritique historique, et aujourd'hui sa seconde.
Sans prétendre apporter des réponses claires et définitives à cette volte-face acrobatique, il est peut-être possible d'avancer certaines hypothèses explicatives à cette attitude.
1- Le contexte régional qui prévaut depuis 1949 :
La région toute entière vit un chamboulement énorme qui s'étend jusqu'à nos jours, transformant ses territoires en un volcan qui tonne, crache des laves de plus en plus brûlantes et crée de nouveaux cratères qu'on ne sait plus si les pompiers du monde seront capables un jour d'éteindre. Le litige israélo-arabe n'a donc pas cessé d'occasionner des bouleversements continus et dramatiques au niveau des structures politiques, sociales et frontalières de ce berceau de l'humanité, le pays du Cèdre, qui en est l'un des principaux pivots, mais aussi le chaînon le plus faible et qui en a le plus pâti. Les régimes politiques qui y ont assumé le pouvoir ont cherché à appliquer une Constitution basée sur la cohabitation communautaire. L'objectif était en effet ambitieux et audacieux car il avait adopté un modèle dont le contenu s'inscrivait à l'époque en confrontation philosophique avec les modèles des États voisins, amis ou ennemis, régis quant à eux par des Constitutions communautaires et religieuses monochromes. Ces derniers n'avaient pas spécialement apprécié la création à leurs frontières d'une démocratie sociale et politique où liberté d'action et d'expression était intouchable et inaliénable.
C'est donc à partir de cette donnée de base qu'il faut essayer de comprendre les actions et réactions des hommes politiques au Liban et essayer d'interpréter leurs stratégies, leurs alliances ou leurs divorces, en un mot le meilleur choix pour assurer leur instinct de conservation face aux tempêtes de l'histoire contemporaine.
2- Le contexte national :
Quant à la dernière déclaration de Walid Joumblatt, elle pourrait être comprise comme suit :
- En ce qui concerne la cause tout d'abord, il serait possible de la ramener à la succession, depuis l'année 2000 à ce jour, des événements directement liés à la scène politique nationale et à ses prolongements régionaux ainsi qu'à leurs conséquences directes ou indirectes, passés ou à venir, sur sa personne et surtout sur la communauté druze dont il est le chef politique incontesté et le représentant international essentiel. Il faut en effet lire et interpréter les actions de l'auteur en les ramenant aux besoins et intérêts de sa communauté durant la période couverte par les choix tactiques de chaque étape de sa vie politique, mais sans jamais oublier que ses constantes fondamentales resteront celles contenues dans les trois titres de base susmentionnés. Walid Joumblatt n'appartient à personne et ne pourra jamais faire partie de façon constante de n'importe quel mouvement politique en dehors de celui qui émane de sa propre identité communautaire, même s'il accepte d'être intégré provisoirement à certains d'entre eux, comme ce fut le cas avec le 14 Mars.
- Quant au timing choisi, il est encore trop tôt pour connaître la ou les raisons de son enclenchement. Mais il pourrait s'agir d'une conjugaison d'événements, d'informations et de conseils reçus de différents sources ou émissaires ainsi que les qualités personnelles de politicien chevronné qui sent le vent tourner et qui a décidé de se repositionner pour mieux dominer les étapes à venir. Les tiraillements dus aux résultats des élections et à la formation du gouvernement ainsi que les risques qui pourraient virtuellement bloquer cette étape-charnière du régime du président Sleiman ont aussi boosté cette initiative. Enfin, son désir de reprendre sa stature régionale, sa liberté d'agir à nouveau selon ses propres convictions et intérêts, et sa peur de quelque dérapage similaire à ceux du 7 mai 2008 pourraient expliquer ce retour « intempestif » aux sources.
Mais nonobstant ses agissements et la tempête qu'a occasionnée cette déclaration sur la scène politique intérieure, il est évident aussi que Walid Joumblatt dans ce choix s'impose quelque part, à lui-même et à son parti, un nouvel embrigadement. Il faudra donc qu'il en assume les conséquences, à moins que cette prise de position ne soit qu'une « pirouette » à l'intérieur du même giron pour obtenir des avantages en retour. Mais d'où et de qui, et sinon à l'avantage de quel axe cette action aura été entreprise ? L'avenir proche sera seul porteur de réponses.
Cela dit, le pays tout entier a besoin en ce moment d'une grande sérénité et d'un dialogue ouvert entre toutes ses composantes. C'est pourquoi il est important pour la nouvelle majorité parlementaire d'avoir confiance en elle-même et en ses alliances et d'agir en toute maturité face à cette épreuve, qui doit être relativisée et ramenée à sa juste mesure. Au lieu de foncer tête baissée dans le drame et retourner la table sur tous les acquis politiques obtenus au sein du 14 Mars avec Walid Joumblatt, il faut chercher à comprendre et à composer avec lui pour aborder les futures échéances dans la quiétude, pour permettre à l'État et aux citoyens de finaliser ce long combat de l'existence et de la survie de cette nation-message pour laquelle se sont sacrifiés tous les martyrs de la République.
C'est uniquement dans la cohésion et la solidarité de tous les partis et de tous les mouvements que cette crise pourra être dépassée et que ce gouvernement d'union nationale pourra être formé par Saad Hariri et sous la houlette d'un président sage et discret, seul garant des intérêts supérieurs de la République.
Déchirant et désolant come-back que celui de ce grand chef historique de la révolution du Cèdre de 2005 et l'un des principaux promoteurs du mouvement du 14 Mars.Loin de réagir avec virulence ou fâcherie au discours prononcé par Walid Joumblatt à l'assemblée générale du PSP, c'est plutôt avec un sourire déçu et un sentiment de réserve et de diplomatie, voire même une impression de déjà-vu, que la majorité de ses alliés et leurs électeurs l'ont écouté. Un texte où il tente d'expliquer tant bien que mal sa fugue de quelques années hors de son environnement naturel et son désir, aujourd'hui, de faire amende honorable, pour être reçu à nouveau,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut