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Liban - Témoignage

Frère Bernard Sudres ou le ciment de l’unité

Catholique, résistant français, incarnation par excellence de l'amitié franco-libanaise, frère Bernard Sudres vient de nous quitter, à l'âge de 86 ans, emporté par une hémorragie cérébrale. Il est parti au terme de sa 69e année de vie religieuse comme membre de l'institut des Frères des écoles chrétiennes, dont 63 au service de l'Église catholique au Liban.
Je l'ai connu au hasard d'une demande d'aide en ciment - oh, quelques tonnes ! -, parvenue aux Cimenteries nationales. Son nom m'était familier. Ancien de Mont La Salle, j'avais été étudier les sciences dans un livre dont il avait été l'un des auteurs : « Je joue, je découvre. » La direction de l'usine approuva sans hésiter la demande, que je fus plus qu'heureux de transmettre. Et pour mieux m'associer à ce don, je décidais d'accompagner Fr Bernard Sudres sur les lieux.
Le ciment était destiné à Kaouzah, un village du caza de Bint Jbeil surplombant la Galilée. Ce fut le choc total. En débarquant de ma montagne chauvine et arrogante parmi les chrétiens du Liban-Sud, je découvre une population d'un autre âge, un village aux maisons en pierre taillée, charmantes certes, mais dont les toits de terre montraient bien la vétusté. Des maisons toujours privées des commodités de la vie moderne, et pour commencer de l'électricité et de l'eau courante, pour ne rien dire du réseau d'égouts. Quelques constructions en béton, non achevées, complétaient le triste tableau. De quoi vivaient ces gens ? D'élevage, de la culture du tabac, et... d'émigration. Pas de station d'essence dans cet endroit perdu. Pas de garage. Les hommes valides avaient depuis longtemps déserté ce village sans avenir. Beaucoup avaient été tués ou emprisonnés, d'autres avaient émigré sous d'autres cieux, y compris d'azur méditerranéen, de l'autre côté de la frontière, à la recherche d'un salaire honorable. Mais ces vieux, ces orphelins, ces femmes, cette marmaille, ces malades étaient pourtant maronites, comme moi. Ils étaient là depuis plus de 350 ans, assuraient les registres de l'Église paroissiale Saint-Joseph. Pour frère Bernard, cependant, l'heure n'était pas aux sentiments, mais à l'action. Sous sa direction, une association fut créée, l'Association libanaise pour le développement des villages (ALDV.org). Grâce aux bénévoles qui, souvent, venaient de loin, grâce aux donateurs locaux et étrangers, dont la pudeur me retient de citer les noms, grâce à l'évêque maronite de Tyr, aux « Chantiers jeunes », aux camps d'été des élèves de Mont La Salle et aux amis de l'association, le résultat fut impressionnant. L'association ne vient pas seulement en aide à Kaouzah, mais aussi à Tyr, Rmeich, Debl et Aïta Chaab.
À Kaouzah, parmi d'autres travaux, un puits fut foré, des châteaux d'eau construits, un réseau d'irrigation installé, des réservoirs aussi, le réseau électrique rénové, la culture du thym relancée, les sentiers entre les maisons dallés, la place de l'église aménagée, un terrain de basket construit, le cheptel regarni, des machines acheminées, tracteur, machine à traire les vaches, extracteur mécanique de thym, machine pour la fabrication des bougies et même... des cadeaux de Noël distribués.
Cet homme, qui entra dans la résistance française à 17 ans perdit un œil comme démineur dans la Manche, avant de rejoindre les frères des Écoles chrétiennes et de débarquer au Liban en 1946, a également accompagné, 40 années durant, l'association CVX (Communauté de vie chrétienne) qui s'occupe d'enfants asthmatiques. Il a également représenté l'association Raoul Follereau pour l'exécution du Centre de brûlures à l'Hôpital libanais (Jeitaoui). Il a offert sa vie à Dieu, bien entendu, mais aussi au Liban. En retour, le Liban ne l'oubliera pas. Dieu non plus je pense.

Adib EL-HACHEM
Catholique, résistant français, incarnation par excellence de l'amitié franco-libanaise, frère Bernard Sudres vient de nous quitter, à l'âge de 86 ans, emporté par une hémorragie cérébrale. Il est parti au terme de sa 69e année de vie religieuse comme membre de l'institut des Frères des écoles chrétiennes, dont 63 au service de l'Église catholique au Liban.Je l'ai connu au hasard d'une demande d'aide en ciment - oh, quelques tonnes ! -, parvenue aux Cimenteries nationales. Son nom m'était familier. Ancien de Mont La Salle, j'avais été étudier les sciences dans un livre dont il avait été l'un des auteurs : « Je joue, je découvre. » La direction de...
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