« Le président de la République a été élu il y a un an et demi et jusqu'ici, le mandat n'arrive pas à décoller du fait de toutes les entraves. Les élections législatives ont eu lieu, mais on voit que c'est comme si de rien n'était », a-t-il ajouté.
« Les gens s'interrogent : que signifie donc d'organiser des élections si le perdant doit se comporter comme s'il était gagnant et chercher à dicter sa volonté au gagnant ? Quant à ce dernier, du fait qu'il cherche à sauver les meubles, on le voit accepter certaines solutions alors même qu'elles ne sont pas conformes aux règles du jeu démocratique », a-t-il dit.
Et de poursuivre : « Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est comme si nous avions échangé la Constitution contre l'accord de Doha. Cet accord, qui était en marge de la Constitution et était censé être provisoire, est devenu aujourd'hui la Constitution et la règle permanente. »
« La Chambre des députés a été échangée contre un nouveau concept que certains placent dans le cadre de l'entente interarabe. Le rôle du Parlement devient ainsi secondaire par rapport à la réalité politique. Le gouvernement a été échangé contre le comité de dialogue, l'armée contre les armes du Hezbollah et l'égalité entre chrétiens et musulmans, consacrée par Taëf, contre le principe des trois tiers qui s'exprime par le tiers de blocage. Tout cela se fait aux dépens de l'intérêt des citoyens, de la nation, de la Constitution et de la loi », a noté M. Gemayel.
Selon lui, « le sentiment prédominant est que la logique du 7 mai (2008) s'est imposée sur celle du 7 juin (2009), autrement dit que la logique démocratique issue des élections a été échangée contre la logique sécuritaire ».
« Nous ne savons plus où finit la Constitution et où commence l'autre logique », a-t-il dit.
« Lorsqu'il y a plus d'un an, nous avions dit que le pays passait par une crise de pouvoir, beaucoup avaient exprimé leur surprise. Aujourd'hui, ils reconnaissent la nécessité de faire évoluer le système. Le président de la République lui-même s'est penché sur cette question et a fait œuvre de pionnier en mettant les points sur les i. Nous sommes arrivés au stade du pourrissement sur tous les plans, institutionnel, administratif, économique, social, financier et moral. Nous ne pourrons pas continuer comme cela », a-t-il lancé.
Au sujet de la formation du gouvernement, M. Gemayel a noté que les difficultés qui l'entravent sont l'un des éléments de la crise du pouvoir. « Le sentiment général est qu'il existe une tentative d'assiéger le Premier ministre désigné. Quant à nous, nous le soutenons et nous souhaitons qu'il propose le plus tôt possible une formation capable d'assumer la tâche, a-t-il dit. En tant que parti Kataëb, nous insistons sur une participation effective au sein de ce gouvernement. Notre rôle est fondamental dans le cadre de la révolution du Cèdre et dans la campagne électorale. »
Évoquant les relations libano-syriennes et le dialogue entamé par les Kataëb avec la Syrie, l'ancien chef de l'État a dit : « Personne n'a résisté autant que nous à l'hégémonie et à la présence syriennes au Liban. Et personne n'a dialogué comme nous pour servir l'intérêt national supérieur. »
« Nous considérons que toute normalisation des relations libano-syriennes doit passer par une série de mesures : la Syrie était présente au Liban, les victimes et les martyrs sont libanais. Par conséquent, il est demandé en premier lieu à la Syrie de reconnaître publiquement tout ce qui s'est passé au cours de la période de présence syrienne au Liban et d'hégémonie sur ses institutions. Cela est élémentaire. C'est le prélude à des relations non pas seulement entre les gouvernements libanais et syrien, mais, plus globalement, entre le Liban et la Syrie. Il y a chez nous beaucoup de mères qui portent du noir, beaucoup de maisons détruites, de personnes disparues. Comment aller vers une normalisation tant que ces questions ne sont pas réglées ? » s'est-il interrogé.
Pour ce qui est du tracé de la frontière au niveau des fermes de Chebaa, M. Gemayel a rejeté la position syrienne selon laquelle le tracé ne pourrait avoir lieu qu'après le retrait (israélien) de ces fermes. « Car, a-t-il souligné, au regard du droit international, nous combattons pour un territoire syrien et non pour une terre libanaise. Il faut donc que la Syrie reconnaisse la souveraineté libanaise sur les fermes de Chebaa. Il en est de même au sujet des organisations palestiniennes qui dépendent des SR syriens et de la décision syrienne. »
« Il est vrai que le dossier des relations libano-syriennes a enregistré un progrès avec le retrait de l'armée syrienne du Liban et l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays, encore que nous ne voyons aucune trace de l'ambassadeur de Syrie à Beyrouth, qui est à mettre dans la rubrique des "portés disparus". Nous apprécions le progrès survenu, mais nous estimons qu'il n'est pas suffisant. Il faut redoubler d'efforts pour parvenir à la phase de la normalisation », a-t-il ajouté.
M. Gemayel a ensuite indiqué que l'ancien ministre Wi'am Wahhab l'avait informé de l'état d'esprit d'ouverture de Damas à l'égard du Liban. « Ma réponse était claire : nous souhaitons une normalisation et un développement des liens, mais ces questions ne nous concernent pas à nous. Elles sont du ressort de l'État libanais et devraient être réglées par la voie d'un dialogue entre les deux États », a-t-il encore souligné.
Interrogé sur la position des Kataëb au sujet de la future déclaration ministérielle, il a dit : « Que personne ne croie qu'elle est capable de nous mettre dans sa poche. Nous insistons pour que la déclaration ministérielle soit d'une clarté absolue. »
À propos de la réconciliation interchrétienne, il a concédé que « ce qui compte c'est l'entente globale et non pas la consécration de la logique bilatérale ou trilatérale ».
Enfin, au sujet de l'absence répétée du représentant Kataëb aux réunions du secrétariat général du 14 Mars, M. Gemayel s'est prononcé en faveur de la mise en place d'un nouveau mécanisme d'action du secrétariat général, « plus efficace » que l'actuel.

