Vêtus d'une tenue adéquate pour la marche, les activistes se sont promenés pendant une heure dans la région, avant de s'installer sur le pont autour d'un pique-nique. La conférence de presse s'est alors déroulée, en présence de l'alpiniste libanais Maxime Chaaya.
Un risque de pollution élevé
« Personne ne devrait avoir le droit de toucher au pont », rappelle Gladys Nader, une militante au sein de SOS Environnement. « Nous refusons toute construction même si elle est en dehors de la limite spécifiée. Ces aménagements mutilent l'apparence du pont et polluent l'eau. » Pleine de vie, cette passionnée de la nature propose alors aux curieux de visiter les dessous de la Grotte aux pigeons. Selon elle, un passant ne peut pas comprendre son discours, sans avoir d'abord vu les « précieuses pierres » de ses propres yeux. C'est pour cela que cette journée de sensibilisation a une aussi grande importance dans le plan de sauvegarde du pont de Faqra. « Les médias doivent montrer au public la magnificence de ce paysage, pour que les gens bougent et passent à l'action. Si ce pont est détruit par les constructions, sa beauté ne reviendra pas », souligne-t-elle.
En effet, le pont naturel de Kfardebian est considéré aujourd'hui par les géologues comme étant l'un des ponts les plus spectaculaires au monde. D'autant plus que les experts sont d'accord sur le fait que tout aménagement ou activité humaine menacerait de détruire le caractère naturel du site. « La nature est un meilleur ingénieur que l'homme », déclare Akl Keyrouz, professeur à l'Université Notre-Dame. « Ce pont a pris plus de 500 mille ans à se construire. Pourquoi devons-nous détruire tout ce qui est beau ? Regardez là-bas », dit-il en pointant du doigt un immeuble à proximité du site. « Toutes les eaux usées émanant de cette maison sont évacuées directement dans les eaux sous le pont. C'est aberrant tout de même. Notre héritage est ruiné par des citoyens. »
Un site protégé jusqu'au bout
Le pont naturel de Kfardebian est l'un des huit sites protégés par la loi du 8 juillet 1939 et les deux décrets, datant du 28 mars 1942, et 9195, datant du 8 octobre 1974. Ces textes interdisent formellement toute sorte de construction ou d'aménagement sur un rayon de 200 mètres à partir du milieu du pont.
De plus, les projets de construction à proximité du pont doivent être soumis aux critères de l'EIE (Études d'impacts environnementaux). Afin de contrôler l'octroi de permis, le ministre de l'Environnement étudie chaque dossier en détail, tout en prenant en considération les facteurs géologiques ou les conditions sanitaires du projet, par exemple. Le problème reste que les différents aspects de l'étude sont interdépendants, donc le ministère peut négliger quelques-unes des conditions au détriment d'autres facteurs plus importants. « Nous avons refusé le dossier du voisin qui voulait construire une maison, car ses conditions n'étaient pas satisfaisantes », explique Rasha Kanj, porte-parole au département de la Conservation de la richesse naturelle. Néanmoins, le promoteur de la maison a intenté un procès auprès du Conseil d'État contre le ministère de l'Environnement, pour l'avoir empêché de poursuivre ses travaux et d'obtenir ses permis de la DGU. « Je croyais que l'affaire allait se terminer il y a longtemps, s'indigne Mme Nader. Mais nous revoilà, toujours avec le même problème. Le promoteur insiste de son côté, mais nous aussi, nous insistons et nous n'abandonnerons pas. »

