Dans son rapport sur les différences salariales entre les femmes et les hommes dans le secteur privé au Liban, la Banque mondiale a souligné les disparités qui persistent entre les deux sexes en général, mais spécifiquement au sein des catégories socioprofessionnelles « chefs d'entreprise/cadres » et « employé(e)s », en particulier.
À cause de décennies d'instabilité socio-politique, le phénomène de la féminisation du marché du travail prend de plus en plus d'ampleur. Pour autant, les femmes, toutes catégories professionnelles confondues, restent largement désavantagées autant sur le plan de la rémunération financière qu'au niveau des avantages sociaux, selon les résultats de l'étude.
Éducation et financement
Le rapport, cité par le Lebanon Brief, bulletin hebdomadaire de la BLOMInvest Bank, souligne qu'au niveau des patrons et des entrepreneurs aussi bien qu'à l'échelle des salarié(e)s, les femmes poursuivent généralement davantage d'études que les hommes. En dépit de ce fait, ces derniers ont plus facilement accès aux outils de financement, notamment les crédits bancaires, qui leur permettent de fonder leurs propres entreprises. En effet, seulement 48 % des entrepreneurs femmes ont affirmé avoir accès à un prêt bancaire contre 64 % pour leurs pairs masculins.
Congés et opportunités
En matière de relation patrons-employés, le rapport souligne en outre que les femmes cadres ou chefs d'entreprise ont plus tendance à apprécier le travail de leurs consœurs. Elles leur accordent davantage d'opportunités vu que la gent féminine représente 47 % des employés des entreprises dirigées par des femmes contre 34 % dans les compagnies dont le patron est un homme. De plus, les femmes représentent 20 à 50 % des membres du conseil d'administration de 73 % des entreprises dirigées par des femmes et seulement 36 % des compagnies dont le patron est un homme.
Les femmes chefs d'entreprise consentent aussi plus facilement que leurs homologues masculins à accorder les congés maternité et autres congés liés à des empêchements d'ordre domestique. Cependant, les patrons des deux sexes ont tendance à rejeter les demandes de congé présentées par des femmes bien plus que celles déposées par des hommes. De plus, les engagements familiaux sont souvent mentionnés comme étant une cause d'hésitation à embaucher des femmes.
Participation et absentéisme
Quant aux employé(e)s, le rapport souligne les avancées en matière de conditions de travail : la population active féminine participe désormais à tous les secteurs de l'économie et les salariées sont toutes aussi candidates à la promotion que leurs homologues masculins. Toujours est-il que la perception est que les hommes travaillent de plus longues heures que les femmes, et même lorsque celles-ci demandent à travailler des heures supplémentaires, leurs demandes ont plus de chances d'être rejetées.
Par ailleurs, l'étude a montré que les femmes salariées ont généralement un niveau d'absentéisme plus élevé que celui des hommes. Cela est dû au fait que ces derniers s'absentent moins de leur travail pour s'occuper de leurs enfants ou des autres membres de la famille. Cependant, le rapport met l'accent sur les différences en termes d'absentéisme entre les entreprises appartenant à des hommes et celles appartenant à des femmes : dans le dernier cas, il n'y aurait quasiment pas d'absentéisme féminin.
Parmi les éléments pris en compte dans la décision de participer ou non au marché du travail, le rapport indique que les hommes sont plus enclins à prendre en compte d'abord des considérations financières, telles que le revenu, les avantages matériels et la Sécurité sociale alors que les femmes sont, elles, plus concernées par la disponibilité de crèches, de transport, la proximité du lieu de travail, l'encouragement de leur entourage, etc.
Disparités salariales
En matière de rémunération, les chiffres cités par le rapport montrent que quelque 27 % de la différence entre les salaires hommes/femmes est strictement due à la discrimination entre sexes. Cela étant dit, ces chiffres ne concernent que la population âgée de plus de 40 ans ; pour les autres, les disparités tendent à s'estomper. Néanmoins, pour le même niveau d'éducation, les femmes seraient largement désavantagées et cette tendance s'intensifie davantage lorsque le niveau du diplôme est élevé.
On note cependant que le seul secteur d'activité qui présente globalement un avantage salarial pour les femmes est celui de la technologie.
Les recommandations
À la lumière de ces constats, le rapport propose une révision de la loi du travail en vue de la rendre moins complexe et la mise en place de mesures visant à améliorer l'accès des femmes aux sources de financement. À titre d'exemple, il s'agirait de créer des entités sur le modèle des réseaux de microcrédits et de Kafalat, qui cibleraient spécifiquement les femmes, pour permettre le financement de petites et moyennes entreprises (PME). La Banque mondiale a également appelé à la création de plus de crèches et à l'amendement de la législation sur le travail de manière à faciliter la création d'emplois flexibles ou à temps partiel, dans le but d'encourager la participation des mères de famille au marché du travail.
R.A.

