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Liban - Analyse

Druzification

Après avoir tenté, dans un premier article (« Rapport de faiblesse ») publié hier, une explication de la démarche entreprise par Walid Joumblatt à partir d'une grille de lecture événementielle, il convient à présent d'examiner la signification politique du recentrage qu'il vient d'opérer.
Dès l'an 2000, c'est-à-dire grosso modo après le retrait israélien du Liban-Sud, le décès de Hafez el-Assad et le triomphe de Rafic Hariri aux élections législatives de cet été-là, M. Joumblatt s'engage aux premières lignes dans la bataille qui commence alors à prendre forme entre le camp souverainiste et l'establishment prosyrien emmené par Émile Lahoud et Jamil Sayyed.
On se souvient de son fameux discours à la Chambre à l'automne 2000, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle législature, lorsqu'il se prononça sans ambages pour un redéploiement des troupes syriennes en prélude à leur retrait du Liban. À l'époque, cette prise de position déchaîna contre lui les foudres des prosyriens et lui valut d'être déclaré persona non grata à Damas.
De l'automne 2000 à septembre 2001, M. Joumblatt s'en tint à un discours ferme et de plus en plus hostile à l'égard de Damas et de ses alliés au Liban, formant avec le patriarche Nasrallah Sfeir le principal tandem de l'opposition souverainiste, en l'absence du général Michel Aoun, en exil, et de Samir Geagea, en prison.
C'est d'ailleurs aux côtés du patriarche qu'il parraine la réconciliation druzo-chrétienne de la Montagne, en août de la même année.
Au lendemain du 11 septembre et à la lumière des bouleversements politiques occasionnés par les événements de ce jour-là, le chef du PSP entre dans une période de turbulences, au cours de laquelle il tentera de concilier un discours plus ou moins souverainiste à l'intérieur et un radicalisme antiaméricain et anti-israélien à l'extérieur. À quelques occasions, comme au cours de l'été 2003, il ira même jusqu'à une quasi-rupture avec son allié Rafic Hariri et une (très brève) lune de miel avec Émile Lahoud.
Cette phase se termine en 2004, au moment où Walid Joumblatt prend conscience de la sérieuse détermination de l'Occident d'en finir avec la suprématie syrienne au Liban. Désormais armé de cette conviction, il se replace avec plus de force que jamais dans le camp souverainiste et s'oppose avec éclat à la prorogation du mandat d'Émile Lahoud.
L'attentat manqué contre Marwan Hamadé, puis l'assassinat de Rafic Hariri le transforment en violent pourfendeur du régime syrien, dont il réclame ouvertement le renversement.
Pour tenter de comprendre les raisons qui poussent M. Joumblatt à changer fréquemment de position, à vouloir toujours s'adapter, même s'il le fait parfois de façon maladroite et humiliante, à des situations très différentes les unes des autres, il suffit de suivre le cours de la grande bataille existentielle qui se déroule dans le pays, celle qui oppose l'idée d'un État parrainant et protégeant de façon égale toutes les fractions de la population, à la réalité sur le terrain, toujours dominée par l'autogestion et l'autosécurité.
Lorsque le contexte local, régional et international lui permet d'espérer une victoire du premier projet sur le second, M. Joumblatt devient le champion de la cause libaniste. Et comme il ne fait pas les choses à moitié, il ne se contente pas dans cette situation de prôner « le Liban d'abord », mais bataille pour « le Liban d'abord et enfin ».
Quand, au contraire, le vent tourne au profit de la seconde configuration, c'est-à-dire celle d'un Liban morcelé ayant besoin d'un parrainage extérieur pour arranger ses affaires et ne pas se précipiter dans la guerre civile, alors on voit le chef du PSP abandonner promptement ses habits libanistes et jouer le jeu de la vassalisation.
Certes, en comparaison avec d'autres hommes politiques libanais, on est en droit de lui reprocher un pragmatisme excessif sombrant dans le manque total de scrupules. Mais ce serait ignorer l'urgence dans laquelle se trouve la communauté druze, dont la situation géopolitique sur l'échiquier libanais est infiniment plus délicate que celle des autres fractions.
Et puis, peut-on ne pas poser la question-clé : à qui la faute ?
En plus d'avoir été le point d'orgue du mouvement souverainiste libanais, la révolution du Cèdre portait en elle la promesse de la mise en place progressive d'un État libanais enfin digne de ce nom. Si cette ambition et cet élan sont aujourd'hui en recul, à qui le doit-on ? Bien sûr, les responsabilités sont partagées, comme toujours en pareil cas. Mais serait-il injuste de dire qu'en tête des responsables, vient le Hezbollah ?
Le 7 mai 2008, la logique prônée par le parti de Dieu a remporté une bataille contre l'État libanais dans sa tentative naturelle d'imposer son existence et sa souveraineté. Les circonstances et les acteurs à l'origine de cette tentative importent peu, car cela aurait pu survenir le 7 avril ou le 7 juin, ou à n'importe quelle autre date.
La défection (ou la semi-défection) de Walid Joumblatt des rangs du 14 Mars, sa « druzification », ne sont que le résultat direct de cette défaite.
On sait qu'il est de bon ton au Liban d'accuser le système confessionnel de tous les maux du pays. Cette accusation est totalement inepte, car il existe des pays, comme par exemple la Suisse, où des systèmes politiques similaires, prenant en compte la nature composite de la population, coexistent parfaitement avec l'idée d'un seul État pour tous.
Ce n'est donc pas le confessionnalisme qui est en cause, mais en quelque sorte son mauvais usage. Tant qu'un État libanais souverain n'aura pas vu le jour, aucun système politique ne sera viable et on assistera en permanence à des flambées de chiisme, de sunnisme, de druzisme et de maronitisme.
Après avoir tenté, dans un premier article (« Rapport de faiblesse ») publié hier, une explication de la démarche entreprise par Walid Joumblatt à partir d'une grille de lecture événementielle, il convient à présent d'examiner la signification politique du recentrage qu'il vient d'opérer.Dès l'an 2000, c'est-à-dire grosso modo après le retrait israélien du Liban-Sud, le décès de Hafez el-Assad et le triomphe de Rafic Hariri aux élections législatives de cet été-là, M. Joumblatt s'engage aux premières lignes dans la bataille qui commence alors à prendre forme entre le camp souverainiste et l'establishment prosyrien emmené par Émile Lahoud et...
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