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Liban - Analyse

Rapport de faiblesse

De tous les chefs politiques libanais, Walid Joumblatt est celui qui, incontestablement, possède la plus impressionnante collection de casquettes et est le plus prompt à en changer.
Nombreux sont les commentateurs qui se confondent en superlatifs généreux pour attribuer au chef du PSP une faculté d'adaptation sans pareille à toute situation nouvelle, et donc, a priori, un talent certain et une perspicacité sans faille dans la lecture des événements et de l'évolution des rapports de force.
D'autres, cependant, tout en partant du même constat, déplorent chez M. Joumblatt la trop grande facilité avec laquelle il lui arrive souvent de retourner sa veste, au mépris d'une opinion publique incapable de le suivre dans ses pérégrinations. D'autant que ces retournements se produisent au terme d'un processus de remise en question tellement personnel que même ses plus proches lieutenants et collaborateurs politiques ont parfois bien de la peine à s'y associer.
Certes, M. Joumblatt s'est efforcé de rectifier hier, dans une certaine mesure, l'effet dévastateur du choc psychologique que son discours de dimanche dernier avait produit sur l'opinion. Il s'est surtout rappelé que des élections législatives s'étaient déroulées au Liban il y a moins de deux mois et qu'un certain nombre d'électeurs avaient voté pour lui ou pour ses listes non pas parce qu'il s'appelle Walid Joumblatt, mais parce qu'il incarnait encore, vaille que vaille, les aspirations de la révolution du Cèdre.
Mais il ne faut pas se leurrer : le Liban n'est pas encore une démocratie achevée dans laquelle l'électorat sanctionne la démarche des chefs politiques. Jusqu'à nouvel ordre, la majorité des électeurs libanais se prononce pour tel ou tel zaïm non pas en fonction de la politique qu'il suit, mais quelle que soit la politique qu'il suit. Et cela vaut pour M. Joumblatt autant que pour les autres. Tous les autres.
Si la particularité du chef du PSP est de multiplier les retournements bien davantage que ses pairs, il y a cependant une intouchable constante chez lui : le souci, voire l'obsession permanente d'assurer la sécurité, le bien-être - et même parfois la survie - de sa petite communauté. C'est toujours en fonction de la perception qu'il a du péril « extérieur » menaçant cette dernière qu'il ajuste et réajuste son positionnement politique sur l'échiquier libanais et régional.
Au-delà du verbiage assez caricatural habillant sa démarche de dimanche dernier - la nostalgie affichée de l'ère soviétique manque cruellement de sincérité -, on comprend les motivations qui ont poussé Walid Joumblatt à faire ce qu'il a fait.
Tout a commencé le 7 mai 2008 lorsqu'il a constaté - à tort ou à raison, peu importe - que des trois piliers chrétien, sunnite et druze du 14 Mars, seul le dernier est appelé à supporter le poids d'une éventuelle confrontation inégale avec l'adversaire, en l'occurrence le Hezbollah.
En effet, les chrétiens sont d'abord politiquement divisés. Ensuite, sur le plan géographique et démographique, le cœur de leur région est plus ou moins éloigné des zones de contact avec les régions d'implantation chiite en pleine croissance, lesquelles submergent déjà le « territoire » druze (comme dans la région de Choueifate).
À cela s'ajoute le fait que le retour en force des partis chrétiens dans la montagne du Chouf et de Aley aux dépens de « ses » chrétiens à lui n'est pas pour le rassurer.
Quant aux sunnites, M. Joumblatt a constaté, comme il l'avait dit dans sa fameuse conversation avec les cheikhs druzes avant les élections, qu'ils ne faisaient pas le poids, militairement parlant, face au Hezbollah.
Paradoxalement, c'est donc l'efficacité même de la réaction druze, les 7 et 8 mai 2008, qui l'inquiète, dans la mesure où elle témoigne d'une très forte mobilisation au sein de cette communauté contre le Hezbollah. Or sans véritable appui extérieur, à commencer par les alliés, une telle mobilisation pourrait produire des succès les premiers jours, mais elle resterait à terme sans horizon, surtout à l'ombre d'un contexte international moins favorable qu'auparavant.
Là-dessus, survint la bombe du Der Spiegel, impliquant le Hezbollah dans l'attentat contre Rafic Hariri. Dans ses déclarations ultérieures, M. Joumblatt donnait l'impression d'enfoncer le clou en demandant à Saad Hariri non pas de ne pas croire le Der Spiegel, mais de s'abstenir, après le verdict du tribunal, de réclamer des sanctions contre les coupables, sous peine de sombrer dans la guerre civile.
Dès lors, on est en mesure de comprendre le besoin de recentrage politique qu'éprouve actuellement Walid Joumblatt, terrorisé à l'idée de se retrouver en première ligne dans une inéluctable confrontation avec le Hezbollah.
La question qui se pose toutefois est de savoir dans quelle mesure la posture nouvelle qu'il s'efforce, non sans difficultés, de prendre aujourd'hui est de nature à le prémunir contre les retombées d'une telle confrontation.
Car, comme tout le monde, le Hezbollah ne saurait être dupé par la soudaine redécouverte par M. Joumblatt des beautés de l'ère nasséro-soviétique.
La conclusion qui a dû s'imposer aux stratèges du parti de Dieu après le discours de dimanche, c'est que, dans le rapport de force politique au Liban, l'élément Joumblatt est encore plus faible qu'ils ne le croyaient.
De tous les chefs politiques libanais, Walid Joumblatt est celui qui, incontestablement, possède la plus impressionnante collection de casquettes et est le plus prompt à en changer.Nombreux sont les commentateurs qui se confondent en superlatifs généreux pour attribuer au chef du PSP une faculté d'adaptation sans pareille à toute situation nouvelle, et donc, a priori, un talent certain et une perspicacité sans faille dans la lecture des événements et de l'évolution des rapports de force.D'autres, cependant, tout en partant du même constat, déplorent chez M. Joumblatt la trop grande facilité avec laquelle il lui arrive souvent de retourner sa veste, au mépris d'une opinion publique incapable de le suivre dans ses pérégrinations....
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