Ces deux dernières semaines du mois de juillet, une association française, EMA (Entraide Mission Amitié), occupe l'école publique de la ville pour une colonie éducative autour du thème de la francophonie. C'est le cinquième séjour que l'association organise. Élie Mazlouf, libanais d'origine et fondateur d'EMA, se félicite du succès de l'opération, soulignant l'augmentation constante du nombre d'enfants accueillis. De 60 en 2006, la colonie compte aujourd'hui plus de 300 participants.
L'idée de fonder une association basée sur l'amitié franco-libanaise naît en 2003, lors d'un voyage au pays du Cèdre. Le créateur d'EMA se rend compte que la jeune génération constitue la principale force du pays, mais que celle-ci n'est pas prise en charge par les autorités. Il décide alors de monter une association pour organiser des séjours de soutien scolaire en français, destinés aux enfants libanais dans le besoin.
Les deux premières colonies se sont déroulées à Broumana, en partenariat avec les Filles de la charité et s'adressaient surtout aux enfants défavorisés. La session de 2006, quant à elle, en association avec Caritas, a dû être ajournée à cause de la guerre. Depuis 2008, EMA s'est installée à Bécharré. Cette fois, l'objectif est de réunir des enfants de différents horizons sociaux. Aussi les frais d'inscription ont été réduits au minimum (15 000 livres libanaises) et tous les niveaux de français sont acceptés.
Dans la prolongation de cette logique, EMA espère monter une colonie éducative ouverte à tous les enfants, c'est-à-dire de toutes les confessions, de toutes les communautés. L'association projette notamment de s'installer au Liban-Sud. De cette façon, chaque enfant pourrait se rendre compte qu'il n'est pas différent de celui de la communauté voisine. Au contraire, les différences culturelles, quand elles sont partagées, enrichissent les deux bords.
L'école ouvre à 9 heures, les enfants, âgés de 8 à 13 ans, sont répartis dans des classes selon 3 tranches d'âge : 8-9 ans, 10-11 ans, 12-13 ans.
La matinée est réservée aux cours de français : dictées et rédactions pour les plus grands et exercices à trous et questions-réponses pour les plus jeunes. Tous, en revanche, suivent le même thème : « À la découverte des pays francophones », choisi à l'occasion des VIes Jeux de la francophonie de Beyrouth.
Après le déjeuner, place à des activités plus ludiques. Divers ateliers sont proposés aux enfants. Du théâtre à la chorale en passant par des chants dansés ou des contes : l'après-midi est l'occasion d'échanges plus spontanés entre enfants et animateurs, la convivialité étant la condition sine qua non à la réussite du séjour. Les travaux réalisés pendant ces deux semaines seront présentés aux parents et amis à l'occasion de la grande veillée finale.
Le week-end se veut aussi éducatif puisque les activités prévues allient culture et détente. Au programme, randonnée dans la vallée de la Qadicha, visite de la grotte de Jeita et même plantation par les enfants de 300 cèdres dans la forêt en amont de Bécharré.
Pour encadrer les enfants, 30 bénévoles français ont accepté d'endosser les habits d'animateurs et de consacrer un peu de leur temps de vacances aux enfants.
Âgés de 18 à 60 ans, enseigner n'est pas leur métier, mais tous ont soif de découvrir les richesses du Liban et de profiter d'une langue commune, le français, pour développer des liens d'amitié avec les Libanais.
De 7h30 jusqu'à tard dans la nuit, ils travaillent d'arrache-pied, motivés par les sourires des enfants, pour leur offrir une journée de qualité.
La colonie est donc un échange culturel et non une mission humanitaire. Delphine, animatrice, déclare à ce sujet : « On n'est pas là pour imposer mais pour s'adapter. Le seul but, c'est que les enfants repartent avec quelque chose. » D'ailleurs, la colonie n'aurait pu voir le jour sans l'aide d'habitants de Bécharré à l'instar du père Charbel Makhlouf, qui accueille les Français au sein de sa paroisse, ou de la directrice de l'école, Mme Yasmine Rahmé, qui a accepté d'ouvrir l'établissement aux enfants de la colonie. De même, une dizaine de bénévoles libanais assistent les animateurs dans leur tâche quotidienne. La ville apporte aussi son soutien en offrant le transport vers les lieux de visite le week-end.
Mais pour le directeur de la colonie, « agir 15 jours dans l'année, c'est peu ! » Aussi EMA lance des projets à plus longue durée de vie. L'année dernière, le club-théâtre de la colonie a continué d'exister à raison d'une répétition tous les 15 jours pour donner une représentation en fin d'année. La chorale, si elle plaît aux enfants, devrait suivre le même chemin.
Par ses actions, EMA espère contribuer à la vie sociale de Bécharré et entraîner une dynamique associative animée par des jeunes de la région.
Une autre contribution d'EMA au renforcement de l'amitié franco-libanaise dans la région est l'ouverture prochaine de la bibliothèque-médiatèque francophone. L'association a collecté plus de 10 000 livres et plus de 1 000 vidéocassettes qui seront en libre accés.
Quand on interroge Élie Mazlouf sur les raisons profondes qui le poussent à agir de la sorte, il répond que « c'est en agissant par l'éducation qu'on permettra à la nouvelle génération de s'assurer un avenir solide au sein duquel le Liban restera un message de paix pour le monde entier et un exemple de cohabitation entre 17 communautés religieuses ».

