Aujourd'hui, à l'approche du rendez-vous du renouvellement du mandat de cette Finul qui se retrouve au cœur de la tourmente, le Sud se retrouve sur le fil du rasoir. Pour éviter l'explosion, et pour que la délivrance ne se fasse pas au forceps, il est urgent de se raccrocher à la 1701. D'autant qu'elle ne se limite pas à une cessation d'hostilités entre le Hezbollah et Israël, mais traite de l'ensemble des causes du problème. Directes, comme la libération des deux soldats israéliens capturés par le Hezbollah. Et indirectes, comme le sort des prisonniers libanais détenus en Israël. Ou encore, directes et indirectes à la fois, et en même temps fondamentales, comme le verrouillage des frontières, Chebaa, et un certain arsenal bloquant l'État de droit. À ce propos, la 1701 soutient le plan en sept points établi par le gouvernement libanais de l'époque, en vue d'étendre l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national par le truchement des forces régulières, aucun autre armement n'étant permis sans l'aval du gouvernement.
Le 7 août 2006, le Conseil des ministres avait décrété, à l'unanimité, le déploiement de 15 000 hommes de troupes au Sud, après le retrait des Israéliens derrière la ligne bleue. Il avait demandé le renforcement de la Finul, pour épauler l'armée à la frontière. En proclamant sa ferme intention d'en consolider le potentiel par l'acquisition d'armes et d'équipements.
Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité de l'ONU, considérant que la dégradation au Liban constituait une menace pour la paix et la sécurité internationales, ordonnait l'arrêt des combats entre Israël et le Hezbollah, ainsi que le déploiement de l'armée et de la Finul dans l'ensemble du Sud-Liban. La 1701 enjoignait à Israël de retirer immédiatement ses forces derrière la ligne bleue. Ces dispositions ont été accomplies. Mais, trois ans plus tard, les autres points de la 1701 restent lettre morte. D'abord, sur le terrain même, rien n'a été fait pour établir une zone, entre la ligne bleue et le Litani, dénuée de toute présence d'éléments armés, d'armes ou d'équipements militaires qui ne relèvent pas du gouvernement libanais. Rien n'a été fait non plus pour appliquer, comme l'édicte la 1701, les dispositions de Taëf ainsi que des résolutions 1559 et 1680 qui exigent le retrait des armes de tous les groupements au Liban, pour que seule l'autorité publique reste armée et puisse étendre le règne de la loi sur la totalité du pays. La 1701 interdit, de même, toute présence de force armée étrangère qui n'aurait pas l'accord du gouvernement libanais. Elle proscrit les ventes d'armes ou d'équipements militaires qui n'auraient pas l'aval de l'État libanais. Elle exige d'Israël qu'il remette à l'ONU toutes les cartes des mines qu'il a pu planter au Liban. La 1701 ordonne aussi le tracé des frontières, notamment dans les zones litigieuses, en citant Chebaa. Elle attend du secrétariat général des propositions à soumettre au Conseil de sécurité dans un délai de 30 jours, en prévoyant que les effectifs de la Finul seraient relevés à quelque 15 000 hommes, pour épauler l'armée libanaise et surveiller le respect de la suspension d'armes au Sud-Liban. Ainsi que pour aider l'armée à établir la zone nettoyée d'éléments armés entre le Litani et la ligne bleue évoquée plus haut.
Il convient, actualité oblige, de s'arrêter à l'alinéa 12 de la 1701 relatif aux Casques bleus. On y relève que « suite au soutien octroyé à la demande du gouvernement libanais, les forces de l'ONU au Liban sont autorisées à prendre toutes les mesures nécessaires, dans les régions où elles sont déployées, dans le cadre de ce qu'elles jugeront capables d'accomplir, pour garantir que leur champ de présence ne soit pas utilisé à des actions d'hostilité de quelque genre que ce soit. Elles pourront juguler les tentatives de les empêcher de remplir leur devoir par la force, le cas échéant, la priorité énoncée par le Conseil de sécurité étant qu'elles devront protéger les fonctionnaires de l'ONU, ses centres et ses installations, assurer la sécurité et le libre déplacement du personnel, ainsi que des opérateurs du domaine humanitaire et des civils exposés à la menace, sans porter atteinte à la responsabilité du gouvernement libanais ». Donc, la Finul, force d'appoint, a clairement pour mission de contrer les trublions dans la zone où elle est déployée. Tout comme elle doit protéger le personnel, les bâtiments de l'ONU, mais aussi les ONG et même les civils libanais. Dans l'affaire à épisodes de Kherbet Selm et succédanés, elle est pleinement restée dans son rôle.
C'est le 31 août que le mandat de la Finul doit être renouvelé. L'alinéa 16 de la 1701 souligne « la détermination du Conseil de sécurité à introduire des améliorations au mandat des Casques bleus, et de prendre des mesures pour l'exécution d'un cessez-le-feu permanent ainsi que pour une solution de longue durée ». On se perd en conjectures sur la portée effective de ces assurances. La solution longue durée signifierait-elle un retrait israélien de Chebaa, de Kfarchouba et de Ghajar ? En tout cas, comme Dennis Ross le rappelait récemment : sans la Syrie, pas d'application complète de la 1701.

