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Nos lecteurs ont la parole

Une soirée (bruyante) avec David Fray

Par Carine HUSNI
Après une soirée de rêve en compagnie de la troupe Ballet Béjart Lausanne où j'ai admiré la quasi-perfection des gestes et des mouvements, je me réjouissais à l'avance de ce concert qui promettait d'être un événement musical au Liban, la venue d'un pianiste tel que David Fray restant un fait rare. Je ne pouvais m'empêcher d'éprouver de la reconnaissance et de l'admiration pour les organisateurs du Festival international de Baalbeck qui avaient réussi à concocter un magnifique programme alliant danse, théâtre, musique classique, opéra, jazz et rock en une seule saison. Les efforts entrepris pour placer ce festival au niveau des plus grands festivals ne peuvent être niés. Cependant, la réputation du Liban est fortement mise à mal quand un public se permet de manquer de respect de façon aussi flagrante à un artiste.
Pourquoi cette impolitesse et ce manque de considération ? Dans quelle salle de concert permet-on au public de gagner son siège sans aucune considération pour le soliste alors que celui-ci ou celle-ci interprète un morceau ?
Est-ce tellement difficile d'interdire aux gens l'accès pendant les morceaux et de ne faire rentrer qu'aux intermèdes ? Est-ce absolument indispensable de regagner sa place au premier rang à tout prix, même si, pour cela, il faut déranger l'artiste ? Est-ce tellement honteux d'être assis au dernier rang le temps d'un morceau ? À cet égard, les organisateurs (qui pourraient aussi s'autodiscipliner) devraient s'inspirer du Festival d'al-Bustan qui a su imposer les valeurs universelles de politesse et de respect.
On ne peut tenir rigueur aux organisateurs du Festival international de Baalbeck pour les facteurs externes qui ne peuvent pas être contrôlés : haut-parleurs intempestifs, feux d'artifice en salves et vrombissement intempestif des voitures. À ce titre, la présence de notre chère armée sur les lieux n'a pu limiter les nuisances engendrées. Les organisateurs ne semblent pas être en mesure d'influer sur les conditions environnantes. Est-ce tellement impensable, voire impossible, de pouvoir obtenir le calme pendant trois heures de suite les soirs de spectacle ? L'appel à la prière ne peut-il se faire sans haut-parleurs ? Ne peut-on interdire les feux d'artifice entre 20h et 22h30 par exemple ?
Comment passer sous silence les nombreuses nuisances internes occasionnées à l'artiste ?
Le trépied d'une caméra a été réglé après le début de la performance de l'artiste. Les allées et venues de membres du public se sont intensifiées tout au long du concert, et en particulier 10 minutes après le début du concert et cinq minutes après l'entracte, ces personnes faisant fi de la gêne occasionnée tant au public qu'à l'artiste. Chaque pas sur le sol engendrait des grincements déplaisants alors que le jeu de l'artiste se déployait délicatement.
Autant dire qu'avec les salves de feux d'artifice après la sonnerie répétée des cellulaires (alors que souvent à Beyrouth on a du mal à effectuer des appels à cause du faible réseau), cela devenait tragi-comique. Tragique parce qu'on ne pouvait que se sentir gêné à l'égard de l'artiste et comique parce que cela relevait presque de la farce.
Si un artiste avait refusé de continuer à jouer dans ces conditions, on l'aurait parfaitement compris.
Il faut rendre justice à David Fray pour son flegme et son humilité. L'interprétation de David Fray fut à la hauteur de nos attentes : finesse de l'interprétation pour un Schubert tout en lyrisme, où chaque note trouve sa place exacte et où la ligne musicale est mise en relief de façon exceptionnelle.
Qu'a bien pu penser David Fray du public libanais du Festival international de Baalbeck ? Il a pu avoir droit à tous les charmes de l'hospitalité libanaise, mais il n'a manifestement pas oublié que le but premier de sa venue au Liban était d'honorer l'engagement pris à l'égard des organisateurs et du public. David Fray n'a pas dû savoir que penser de ce public qui, d'une part, semblait atteint d'une bougeotte incroyable et, d'autre part, se levait pour l'ovationner chaleureusement.
Peut-on dire que les organisateurs ont honoré l'engagement tacite pris à l'égard de l'artiste de lui fournir des conditions adéquates pour que son talent puisse s'exprimer ?
Le cadre enchanteur du temple de Baalbeck est unique au monde. Les éclairages rendent justice à la beauté intemporelle du lieu. On se prend à rêver d'un son et lumière à Baalbeck et d'un autre Liban.
Après une soirée de rêve en compagnie de la troupe Ballet Béjart Lausanne où j'ai admiré la quasi-perfection des gestes et des mouvements, je me réjouissais à l'avance de ce concert qui promettait d'être un événement musical au Liban, la venue d'un pianiste tel que David Fray restant un fait rare. Je ne pouvais m'empêcher d'éprouver de la reconnaissance et de l'admiration pour les organisateurs du Festival international de Baalbeck qui avaient réussi à concocter un magnifique programme alliant danse, théâtre, musique classique, opéra, jazz et rock en une seule saison. Les efforts entrepris pour placer ce festival au niveau des plus grands festivals ne peuvent être niés. Cependant, la réputation du...
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