La seconde partie du travail est l'entretien de bonnes relations avec la population. Les ACM (Actions civilo-militaires dans le jargon militaire) consistent en une série de projets d'aide à la population. Par exemple, deux fois par semaine, quelques soldats donnent des cours de français dans les écoles de la région. Autre illustration, des tournois sportifs sont organisés. De même, le dialogue est facilité par un interprète lors des patrouilles près des habitations.
Mais la société civile a beau être informée de ces diverses missions, la réalité et le quotidien d'un soldat restent difficiles à imaginer.
Surtout que la guerre de 2006 et l'interdiction d'aller au-delà des berges du Litani pour les étrangers ont prolongé le sentiment que la zone était dangereuse alors que la situation est actuellement calme.
En ce sens, l'invitation d'une soixantaine de Français travaillant à Beyrouth procède de cette volonté de casser la frontière mentale entre le Liban-Sud et le reste du pays.
Ce fut aussi l'occasion de présenter aux civils le monde militaire, notamment par une démonstration des différentes capacités du GTIA.
Du déminage à l'intervention des chiens en cas d'agression, l'impressionnant ballet de treillis, de véhicules et d'armes a donné un bon aperçu des différentes opérations menées. À l'issue de la démonstration, les Français ont pu poser toutes leurs questions aux soldats et ont même été invités à monter dans les véhicules.
Un bilan des trois dernières années de la présence de la Finul a ensuite été dressé par le général Bavinchove, chef d'état-major de la Finul et représentant du contingent français au Liban.
Les troupes de l'ONU sont présentes au Liban depuis 1978, mais le mandat confié en 2006 à la Finul par la résolution 1701 en fait une force radicalement différente. D'abord, les contingents sont majoritairement européens, et la similitude des modes d'intervention facilite grandement le travail. Ensuite, le mandat confié par les Nations unies permet une action concrète sur le terrain, ce qui n'était pas le cas auparavant.
Ces deux changements ont largement contribué au bon déroulement des opérations dans la région.
De même, l'élection de Barack Obama ainsi que l'échange d'ambassadeurs entre la Syrie et le Liban sont interprétés comme des signes annonciateurs d'un apaisement de longue durée dans la région.
Au final, le général Bavinchove est résolument optimiste et déclare que même si certains points de tension subsistent avec Israël, « le Liban a la chance d'exister comme il est dans cet environnement ». Ainsi, les deux principales missions confiées aux Casques bleus, à savoir le maintien de la paix et le soutien aux forces armées libanaises, sont pour l'instant des succès.
De toute façon, la Finul ne pourrait effectuer son travail sans une collaboration étroite avec les forces armées libanaises. Les Casques bleus ne sont là que pour le maintien de la paix, et aucune intervention sortant de ce cadre ne peut être effectuée par des troupes étrangères.
Mais quand, par exemple, une cache d'armes est découverte, les soldats de l'ONU confient la suite des opérations aux aux forces armées libanaises.
Mais entre militaires français et libanais, il existe un lien qui dépasse le cadre du travail professionnel.
L'histoire des relations franco-libanaises a créé un sentiment de fraternité entre les deux pays, qui se retrouve à l'échelle individuelle. Les soldats français sont d'accord pour dire que le Liban est un terrain d'action qui leur est cher. Nombreux d'ailleurs sont ceux qui espèrent déjà retourner à al-Tiri au cours de leur carrière.
À la question de ce qu'il avait appris en deux mois passés au Liban, le lieutenant Solenn Olivier répond sans hésitation que l'hospitalité et la gentillesse des Libanais sont une leçon d'humilité qui lui permet aujourd'hui de relativiser les difficultés.
Un autre bel exemple de cette amitié entre les deux peuples est le concert donné par les forces armées libanaises stationnées au Sud.
Le public a pu apprécier, malgré une salle à l'acoustique inappropriée, un programme biculturel, mêlant Bizet et Rahbani, Édith Piaf et Fayrouz. Le chef d'orchestre, le colonel Georges Hérou, a même réussi à communiquer son dynamisme à la salle, l'invitant à accompagner les musiciens.
La fanfare a aussi accompagné les cérémonies militaires en interprétant la Marseillaise, l'hymne national français, lors de la levée des couleurs. Quant aux 450 soldats français du GTIA Daman 9, alignés sur le tarmac du camp al-Tiri, dans la lumière orangée des fins de soirée, ils ont réalisé la prise d'armes sous les ordres du colonel Minjoulat-Rey, commandant du GTIA, du lieutenant-colonel Normand, commandant en second du GTIA, et du général de Cicco, commandant du secteur ouest. Après la remise des médailles, un défilé militaire a clôturé la cérémonie avec, dans l'ordre, les véhicules puis les régiments au pas, chantant les airs de leur régiment.
Si le contact avec les Libanais se passe bien, c'est aussi grâce à la cohésion et à la bonne ambiance qui se dégagent du camp. Hier soir, il ne manquait que des lampions tricolores et un accordéon pour faire du rocher d'al-Tiri un vrai village gaulois.

