À ce propos, le régime syrien tente d'exploiter la complaisance arabo-occidentale occurrente, justifiée en grande partie par le bellicisme de Netanyahu, en décrochant un quitus pour les graves accusations dont l'accablent nombre de Libanais, 14 Mars en tête. Il lorgne du côté du tribunal international, certes, mais il s'efforce également de faire oublier qu'il a foulé aux pieds la 1559 en prorogeant Émile Lahoud, et ne fait rien de bon, au contraire, pour la 1701.
Après être sorti par la porte, Damas cherche donc à rentrer par la fenêtre que lui ouvrent ses bons amis du cru. Mais les loyalistes sont déterminés à ne pas le laisser faire ni à se laisser faire. Leur réponse est clairement répercutée par Saad Hariri : c'est chez nous, chez nous seulement, que se forme notre gouvernement. Ils soulignent ensuite que la défense des droits nationaux les plus légitimes, comme les plus élémentaires, ne revêt aucune connotation d'hostilité délibérée à l'encontre de la Syrie. Ils sont, tout au contraire, disposés à établir les meilleures relations avec elle, mais, bien évidemment, sur des bases assainies du respect mutuel.
Hariri à Damas ?
C'est à l'unanimité que les pôles du 14 Mars ont rejeté le projet syrien de faire venir Hariri à Damas avant qu'il ne forme son gouvernement. Cette démarche ne doit pas être effectuée, ont-ils martelé, même pas sous le prétexte, suggéré par les Syriens, d'aller rencontrer dans leur capitale le souverain wahhabite lors du prochain sommet syro-saoudien. Les majoritaires ont également récusé l'argument syrien portant sur la nécessité de concertations avec Hariri sur des questions comme l'armement du Hezbollah, le Conseil supérieur mixte et les protocoles bilatéraux, en avant-propos de la déclaration ministérielle. Le 14 Mars fait valoir qu'il appartient au Conseil des ministres, une fois constitué, et à lui seul, de traiter de l'ensemble du dossier des rapports avec la Syrie et de sa normalisation. Une solution tangente a également été rejetée : un sommet syro-libanais rapproché auquel assisteraient Berry, qui a vu les Syriens dernièrement, Siniora et Hariri. Le président Michel Sleiman a fait savoir qu'il ne saurait se joindre à un sommet syro-saoudien tant que le nouveau gouvernement n'est pas formé au Liban. Ses proches indiquent que ce n'est pas simplement pour une question de protocole, ou de représentation officielle complète et valable, mais aussi parce que l'on pourrait avancer que les Syriens et les Saoudiens saisiraient l'occasion pour tenter de peser sur la mise en place du cabinet libanais. Abondant dans ce sens, un député du groupe « Liban d'abord » souligne que la visite de Hariri à Damas ne peut se faire que sous l'ombrelle de Baabda, et de même pour la formation du gouvernement.
Retour au jeu syrien. Selon des sources informées, la Syrie aurait tenté de convaincre les Saoudiens d'organiser de concert une nouvelle conférence sur le Liban qui déboucherait sur un pacte dit de Damas confirmant Taëf en l'améliorant. Dans ce sens, selon le point de vue syrien, que les droits ministériels des opposants libanais s'y trouveraient expressément consacrés. Mais, bien entendu, cette proposition n'a été qu'un coup d'épée dans l'eau : relancés, les responsables libanais ont fait valoir qu'il n'y a pas lieu de rassembler à Damas les chefs des blocs parlementaires libanais, qui peuvent se réunir « at home », comme on avait dû les réunir à Taëf à cause de la guerre.
Un dernier élément à signaler : finalement, la France s'alarme de la résurgence accentuée des visées syriennes sur le Liban. Selon des sources informées, les émissaires de Sarkozy à Damas ont prié les Syriens de mettre une sourdine à leurs immixtions sur le plan de la formation du gouvernement libanais. Ajoutant que par leur retenue, les Syriens faciliteraient cette formation, comme ils ont contribué, par leur réserve, à la bonne tenue des élections, et qu'il leur serait tenu compte.

