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Moyen Orient et Monde - Le Point

Dans l’antre de l’ours

Quatre jours durant, 8 500 hommes de troupe, 200 blindés et des centaines de pièces d'artillerie étaient déployés dans une région du Caucase proche de la frontière géorgienne pour des exercices « de routine » qui rappelaient fâcheusement certains mouvements enregistrés l'été dernier. Puis, comme par enchantement, tout est rentré dans l'ordre en ce début de semaine, le jour même - pas si étrange, la coïncidence - de l'arrivée à Moscou de Barack Obama pour une visite de soixante-douze heures destinée à permettre, ainsi que l'avaient souligné d'une même voix Joe Biden et Hillary Clinton, de « presser la touche de redémarrage ». Précision du principal intéressé dans une interview à la Novaya Gazeta, porte-parole de l'opposition russe : « Je demeure convaincu que Russes et Américains ont des intérêts communs dont, les derniers temps, nos deux gouvernements n'ont pas suffisamment tenu compte. » Le camarade Vladimir Vladimirovitch Poutine et l'ancien président George W. Bush ont dû apprécier ce rappel des années où tout n'allait pas pour le mieux entre eux.
L'autre pas de clerc, le nouveau maître de la Maison-Blanche l'a franchi lorsqu'il a tenté d'enfoncer un coin entre ses deux principaux interlocuteurs à venir, déclarant : « La guerre froide appartient à une époque révolue. Poutine a un pied dans l'ancienne manière de faire des affaires et un pied dans la nouvelle manière. » De là à voir au Kremlin une lutte entre anciens et modernes... Une telle candeur est à mettre sur le compte de la relative inexpérience du chef de l'Exécutif US en matière de politique étrangère et plus particulièrement sur sa méconnaissance du dossier de la nouvelle Russie, près de vingt ans après l'implosion de l'Union soviétique et un an après l'intronisation d'un Dmitri Medvedev qui demeure, il semble nécessaire de le rappeler sans cesse, sous l'autorité de son cornac.
Il faut dire que les deux parties reviennent de loin. Dans les premiers jours d'avril 2008, le 43e président US et son homologue russe se retrouvaient pour une séance de travail préparée dans la hâte par des collaborateurs bien peu qualifiés. Il en était résulté un flop rarement égalé, même aux pires moments des crises à répétition qui avaient émaillé les rapports entre les deux pays. En clair, il n'était pas question de l'entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN, pas plus que de l'installation de batteries de fusées balistiques en Pologne et en République tchèque. Oui par contre au renforcement des relations commerciales et à la poursuite des négociations sur le contrôle des armes, étant entendu qu'il ne saurait être question d'ouvrir au terrorisme mondial l'accès des arsenaux de destruction massive. Tout le monde avait compris que ce faux arrangement signifiait un renvoi de l'ensemble du contentieux à l'administration suivante. C'est de ce sac de patates chaudes que cette dernière vient d'hériter.
Il y a longtemps que les lointains descendants de Khrouchtchev et de Kennedy ont renoncé à leur prétention de vouloir gérer le monde. Tout au plus peuvent-ils aujourd'hui exprimer le désir de « tourner les pages difficiles des dernières années et en ouvrir de nouvelles », ainsi que le déclarait hier Medvedev. Après les déconvenues essuyées en Irak, l'inquiétude qu'inspire la situation en Afghanistan, l'inconnu que représente, et de plus en plus, le Pakistan, la débâcle financière dont on ne voit pas la fin, il paraît difficile de faire admettre au monde un leadership américain. Encore moins une suprématie crypto-tsariste au vu des problèmes créés par les anciennes marches de l'empire communiste, du brutal coup de frein donné à l'embellie économique sous l'effet de la chute des cours du pétrole, enfin de la montée en puissance de la Chine.
À tout le moins Washington pouvait-il espérer obtenir - c'est fait - l'aménagement d'un corridor lui permettant d'acheminer armes et munitions à destination de ses troupes qui se battent contre les talibans tant fortes sont les craintes qu'inspire le danger afghan. L'Iran par contre représente pour Moscou un intérêt stratégique majeur, celui de porte d'accès à l'ensemble du Proche-Orient. C'est pourquoi son programme nucléaire n'a jamais été condamné que du bout des lèvres, pourquoi Medvedev a été le premier leader à recevoir Mahmoud Ahmadinejad après l'élection contestée que l'on connaît, pourquoi enfin un refus de livrer à Téhéran des missiles sol-air S-300 (susceptibles de faire échec à des raids israéliens sur les sites de Natanz et Bouchehr) paraît pratiquement impensable.
Même affaibli - mais quel pays, hier supergrand, ne l'est pas en ces temps incertains ? -, l'empire des glaces reste une puissance que l'on ne saurait négliger sans risque d'erreur majeure. Une fois les attentes revues à la baisse après une rencontre, en avril dernier à Londres, qualifiée alors de « terrific » par Obama, nous voici rappelés à davantage de réalisme. On ne songera pas, au contraire, à s'en plaindre.
Quatre jours durant, 8 500 hommes de troupe, 200 blindés et des centaines de pièces d'artillerie étaient déployés dans une région du Caucase proche de la frontière géorgienne pour des exercices « de routine » qui rappelaient fâcheusement certains mouvements enregistrés l'été dernier. Puis, comme par enchantement, tout est rentré dans l'ordre en ce début de semaine, le jour même - pas si étrange, la coïncidence - de l'arrivée à Moscou de Barack Obama pour une visite de soixante-douze heures destinée à permettre, ainsi que l'avaient souligné d'une même voix Joe Biden et Hillary Clinton, de « presser la touche de redémarrage »....
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