D'abord, d'un point de vue objectif, je suis un M. Seguin décidé á escalader les montagnes les plus escarpées, accompagné de tous ceux qui refusent de fermer les yeux devant l'injustice qui nous opprime, afin de retrouver la liberté de choix, d'expression et de culture dans mon pays. Nul ne nous en empêchera, même si cela exige que nous nous battions contre les plus méchants loups aux idéologies moyenâgeuses dont les noires intentions sont de nous enfermer dans une dictature d'obscurantisme total. Leurs menaces habituelles qui n'ont pour but que de venir à bout du commerce, du tourisme et de l'ouverture sur l'Occident ne l'emporteront pas cette fois, surtout pas lorsqu'un artiste tel que vous nous faisait l'honneur d'être parmi nous.
Je passe à l'amour que portait M. Seguin à sa chèvre, et le besoin vital qu'il avait de la retrouver, cette amie, cette compagne, celle qui partageait tout avec lui. Parce que vous aussi, vous avez partagé avec nous le fameux bol dans l'entrée, ces sempiternels bics que n'écriront jamais nos chaussettes mouillées, l'introuvable sac et la position « chasse la neige » ... Alors, voyez-vous, quelque part vous faites partie de nous, ensemble nous formons comme un puzzle : le public libanais éparpillé en mille morceaux, dont vous êtes la seule et unique pièce manquante. Croyez-moi, M. Elmaleh, si vos sketchs télévisés suffisaient à combler nos demandes et aspirations, nous ne serions pas là à nous plaindre haut et fort rien que pour vivre l'expérience de partager avec vous trois nuits de rêve sous les projecteurs de Beiteddine, avec votre guitare, vos irrésistibles clins d'œil entre deux vannes et vos incontrôlables rechutes.
Permettez-moi de vous demander une faveur, une solidarité entre « bruns », et prenez le courage de croire en la sécurité et le soutien que vous ont assurés ceux qui luttent et insistent toujours pour votre venue au pays du Cèdre.

