« De pareils incidents nuisent au Liban, affirme ainsi l'actrice Randa Asmar. Nous faisons de notre mieux pour promouvoir une belle image d'un Liban multiconfessionnel et multiculturel. » « À quoi sert cette campagne, sinon à ramener le pays des dizaines d'années en arrière ? se demande-t-elle. L'artiste a le droit d'aller n'importe où dans le monde. Il faut le garder à l'abri de tous les conflits politiques. Gad Elmaleh vient au Liban présenter une œuvre artistique et non pour faire un discours politique. Il est vrai que l'art peut être parfois porteur de messages politiques. Eh bien, écoutons-les. »
La cinéaste Nadine Labaki avoue de son côté être « furieuse ». « C'est un artiste talentueux. Les Libanais auraient gagné à le voir, souligne-telle. Si on commence à intervenir dans l'art, je ne sais pas quel serait l'avenir du pays. »
Pour le metteur en scène de théâtre Jalal Khoury, Gad Elmaleh « est le bienvenu au Liban, s'il y a une preuve qu'il n'a pas fait partie de l'armée israélienne ».
« Si la cabale a été menée contre lui parce qu'il est juif, c'est déplorable et c'est dommage, parce qu'il faut faire une différence entre le sioniste et le juif, note pour sa part le producteur de spectacles Michel Éleftériadés. Si, par contre, il avait vraiment fait partie de l'armée israélienne, alors c'est bien fait pour lui. Mais je pense qu'il faudrait mener une enquête plus approfondie sur la question. On ne peut pas se baser uniquement sur Internet. »
Au moment où l'auteur-compositeur-interprète Ghassan Rahbani indique ignorer « les détails de l'affaire », le metteur en scène Joe Kodeih annonce qu'il commencera son spectacle à Byblos, le 5 juillet prochain, « par un sketch de Gad Elmaleh », en hommage à l'artiste. « Ce qui se passe est d'un ridicule rare, déclare-t-il. Jusqu'à quand on va continuer à classifier les gens selon leur confession et leurs appartenances ? »
« Peter Brook, qui est également juif, a joué en Iran et au Liban, ajoute-t-il. En 2006, Gad Elmaleh a dû annuler sa tournée au Liban à cause de la guerre. Cette année, il le fait à cause de rumeurs ridicules. Dans ses spectacles d'ailleurs, Gad Elmaleh ne fait nullement allusion à la politique. Jamel Debbouze et lui sont les artistes qui affichent le plus le nationalisme et le folklore arabes dans leurs spectacles. Ce qui se passe aujourd'hui au Liban est une hérésie. C'est du terrorisme intellectuel. Cela me rappelle une période assez obscure de l'histoire moderne du pays, lorsque les films Rabbi Jacob et Jesus of Nazareth ont été retirés du marché libanais. »
N. M.

