« Je suis venu recueillir l'énergie du soleil », explique le plus simplement du monde ce Bolivien emmitouflé, venu avec sa famille de la capitale La Paz (à 71 km). « C'est intéressant ! Mais c'est surtout très froid », grelotte Ida, une Norvégienne saisie par les -6 degrés.
Les touristes, plus nombreux au fil des ans, sont arrivés peu avant l'aube, mais les « kallaguayas » ou chamanes, et les « amautas » (sages) Aymaras étaient là depuis la veille, animant les offrandes (de la coca, de l'encens, des liqueurs, des sucreries) au dieu Inti (soleil).
La célébration prend un relief politique cette année, après la décision du président socialiste Evo Morales, d'origine aymara, de décréter jour férié national le 21 juin. Dans la droite ligne de la « renaissance indigène » au cœur de sa présidence, et malgré les protestations de la droite chrétienne, dans ce pays majoritairement catholique. Morales, premier président amérindien de Bolivie, ne manque pas une occasion d'invoquer la veine indienne animant son projet politique. Ou qui manque à ceux des autres, comme il l'a rappelé ces jours-ci au Pérou voisin, après la crise entre le gouvernement de Lima et sa minorité indigène d'Amazonie. Récemment, il invitait les peuples amérindiens, réunis en « sommet » continental à Puno (Pérou), à réaliser la « deuxième et définitive indépendance » de l'Amérique, alors que s'amorce une vague de bicentenaires des indépendances nationales. Morales doit solliciter en décembre un second mandat de cinq ans. Dimanche pourtant, il n'était pas à Tiwanaku, un site où il tint à se faire introniser « chef indien suprême » à la veille de son investiture comme chef d'État en janvier 2006. « Que les premiers rayons du soleil de cette nouvelle année nous apportent la joie, l'espoir, l'énergie et la force d'aller de l'avant (...) et fournir, de la part de l'État, ce qui est nécessaire pour consolider » le changement en Bolivie, a déclaré en son nom le ministre de la Culture, Pablo Groux.
Pour les Aymaras - racines d'entre un quart et un tiers des Boliviens -, dont le calendrier reflétait un lien étroit avec les cycles agraires, le Nouvel An 2009 représente l'année 5517. Une datation reconstituée a posteriori, sans « fondement scientifique ou archéologique », et qui ne représente « rien de très sérieux », souligne l'archéologue bolivienne Claudia Rivera. Le chiffre est censé représenter les cinq cycles de 1 000 ans que s'attribue l'histoire des sociétés locales, et rajoute les 517 ans depuis l'arrivée de Christophe Colomb (1492). Cinq cents ans, la longévité au pouvoir que Morales prédisait cette semaine à la vague indienne paysanne qui le porte.

