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Liban - En Toute Liberté

Douleurs d’enfantement ?

Au-delà de l'injure qu'il y a à se voir adressé de la sorte par un cadet, et indépendamment de la forme, indépendamment même des personnes, le patriarche maronite, dans sa réponse de fond au secrétaire général du Hezbollah et à tous ceux qui pensent comme lui, a placé le débat là où il doit être. Il l'a qualifié comme étant un problème d'identité nationale, et non un simple problème d'option politique. « Le Liban n'est ni d'Orient ni d'Occident », a dit le patriarche. Il est « à la croisée » de deux courants culturels majeurs, il est un carrefour des civilisations. C'est le visage pluriel, méditerranéen, de la nation arabe.
Le débat en cours ne commande-t-il pas qu'on s'élève au-dessus des contingences de cet incident de parcours ? Ne serait-ce pas qu'en se posant de cette façon, le Liban enfante enfin le Liban ? Et que ces tiraillements auxquels nous assistons, désespérés de voir un consensus enfin trouvé, soient des douleurs d'enfantement ? Ne serait-ce pas que plusieurs identités, qui doivent former une seule nation, du fait même de l'exigüité du territoire, soient en train de se faire une place au soleil ?
Dans le discours de Hassan Nasrallah vibre la singularité des chiites et de leur contribution à l'histoire nationale, tout comme vibre, dans ce qui tient lieu de « réponse » du patriarche maronite, sans en être vraiment une, les phrases élémentaires, et au sens propre fondamentales, de ce que les maronites se croient porteurs quand il s'agit du Liban.
Et comme tout ce qui est fondation, ces principes élémentaires ont la vertu d'un ciment, un ciment armé s'entend. Un ciment coulé tout au début de la construction de l'édifice, à même le sol, sans finissage, à même les imperfections d'une période historique déterminée dont on peut tirer du bon et du moins bon, mais qui n'en est pas moins la fondatrice de notre identité
Ni d'Orient ni d'Occident, mais d'Orient et d'Occident à la fois, tenant des deux sans être l'un des deux à l'exclusion de l'autre, comme un enfant a les yeux de sa mère et la peau de son père, comme une empreinte digitale.
Dans la réponse du patriarche est également contenue la réponse aux autres questions posées par Hassan Nasrallah, sur le ton du défi, au sujet de son attachement à l'identité arabe du Liban. Face à d'outrancières propositions qui seraient, dit Hassan Nasrallah, « à l'étude », la réponse du patriarche, ce maître de la langue arabe, sera une fois de plus : ni d'Orient ni d'Occident, mais d'Orient et d'Occident à la fois, le Liban semblable à lui-même - et non pas « étranger à lui-même ». Car les nations ont un visage, et même, si l'on est chrétien ou musulman, des anges.
Il faut entendre la parole du patriarche comme une invitation à entrer dans une culture, à défendre une identité. Elle est accueil et pédagogie. Pédagogie à une culture sémitique métissée par l'Occident, tenant de l'une d'avoir servi de berceau à trois religions, marquée par un « attachement mystique » à la création, paradoxe d'attachement passionné et de détachement absolu, et de l'autre à une civilisation industrieuse, « libre jusqu'à l'infortune », une civilisation qui a repoussé les limites du monde connu, débarquant en Amérique avant de partir à la conquête de l'espace, d'une raison indomptable, les pieds sur terre, les yeux au loin.
Se contenter d'attribuer à des erreurs tactiques ou à des facteurs extérieurs, comme l'afflux de Libanais de l'étranger ou d'énormes fonds engagés dans la bataille, l'échec électoral et se promettre d'en tenir compte, ultérieurement, c'est se condamner à ne pas tirer les leçons culturelles fondamentales du scrutin ; c'est pour Hassan Nasrallah se priver d'un apprentissage.
Croire aussi un seul instant, comme le dit Sleimane Frangié, qu'il y a des évêques qui pensent autrement relève de l'illusion. Certes, au sein du synode maronite, il existe des nuances. Mais qu'on ne s'y trompe pas, qu'on ne cherche pas à diviser Bkerké. L'institution ne sera pas ébranlée.
Oui, comme le dit si sûrement le patriarche, le Liban a « un passé et un avenir ». Et celui-ci passe par le rocher de Bkerké. Kerbala ne sera jamais aussi bien accueillie que par Pâques. Il faut regarder au-delà du Washington impérial et du Tel-Aviv colonial pour embrasser Rome et Qom d'un même regard.
Au-delà de l'injure qu'il y a à se voir adressé de la sorte par un cadet, et indépendamment de la forme, indépendamment même des personnes, le patriarche maronite, dans sa réponse de fond au secrétaire général du Hezbollah et à tous ceux qui pensent comme lui, a placé le débat là où il doit être. Il l'a qualifié comme étant un problème d'identité nationale, et non un simple problème d'option politique. « Le Liban n'est ni d'Orient ni d'Occident », a dit le patriarche. Il est « à la croisée » de deux courants culturels majeurs, il est un carrefour des civilisations. C'est le visage pluriel, méditerranéen, de la nation...
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