Avant de s'attaquer aux questions d'avenir et aux multiples échéances qui attendent le pays au lendemain de la consultation parlementaire, Hassan Nasrallah et Walid Joumblatt ont tenu au préalable à faire un tour d'horizon de l'historique des relations entre les deux partis politiques, en examinant en toute honnêteté les points positifs certes, mais aussi les épisodes négatifs qui ont entaché et perturbé une relation jadis bien plus saine.
C'est ce qu'affirme d'ailleurs une source proche du leader druze, qui indique que l'entretien a débuté par une évaluation de deux moments critiques de l'histoire récente du pays, à savoir la guerre de juillet et le fameux épisode du 7 mai qui a mis face à face les alliés d'hier dans une confrontation autrement dangereuse pour le pays.
Sur cette question, les deux hommes ont clairement convenu de la nécessité de poursuivre les efforts de réconciliation sur le terrain, notamment dans les régions mixtes qui ont été profondément bouleversées par cet épisode. Également à l'ordre du jour de l'entretien, une lecture conjointe de la situation interne et externe, à la lumière surtout des récentes menaces israéliennes.
Au cours de cette séance de franche explication, M. Joumblatt a surtout tenu à clarifier sa position lors de la guerre de juillet 2006, affirmant devant le numéro un chiite que « contrairement aux rumeurs qui ont circulé à ce propos, il avait clairement condamné l'agression de l'État hébreu devant l'ancienne secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, lorsque cette dernière avait réuni à Awkar les pôles du 14 Mars », précise la source.
Une manière pour Walid Joumblatt de réaffirmer devant son interlocuteur les constantes du PSP à l'égard d'Israël qui reste, en dépit de tout, « l'ennemi par excellence aux yeux du chef druze ».
Certes, les discussions ont également porté sur les moyens de faciliter le redémarrage des institutions au lendemain des élections, mais l'accent a été mis sur « les moyens susceptibles de créer des opportunités positives, d'autant que les deux personnalités sont parfaitement conscientes de l'avènement d'une nouvelle ère politique complètement différente de celle qui a précédé », insiste Rami Rayes. Avoir une approche positive et constructive pour l'avenir ne signifie pas pour autant que Walid Joumblatt est prêt à modifier ses positions de principe sur certaines questions-clés, telles que les armes du parti chiite, assure encore le porte-parole. « Notre position sur ce dossier est on ne peut plus claire, à savoir que nous préconisons l'exploitation des capacités militaires et de l'expérience du parti pour défendre le Liban, à condition que cela se fasse sous la houlette de l'État et de l'armée. »
M. Rayes est toutefois catégorique en ce qui concerne la récente « volte-face » du chef du PSP qui, a-t-il dit, n'est ni passé dans le camp du 8 Mars ni a viré vers le centre, comme l'affirment certains observateurs.
« M. Joumblatt se trouve toujours au sein du 14 Mars, mais à cette différence qu'il cherche aujourd'hui à mettre fin à la crise et à faire en sorte que la polarisation politique ne se traduise pas en animosité sur le terrain », dit-il, avant d'ajouter que la nouvelle politique du PSP est celle de l'ouverture en direction de toutes les parties en présence, « y compris le CPL ».
Talal Atrissi, un expert des questions chiites et iraniennes, n'est certainement pas sur la même longueur d'onde lorsqu'il affirme que le leader druze se trouve aujourd'hui « à un carrefour ». « Tout comme il avait pris le train syrien en marche au moment où les circonstances le dictaient, M. Joumblatt a immédiatement changé de cap avec l'avènement de la nouvelle politique américaine de confrontation avec la Syrie. Aujourd'hui, il se trouve à un carrefour où il cherche à définir sa nouvelle orientation dans le sens de la médiation. »
Selon lui, on sait d'ores et déjà qu'« une partie de M. Joumblatt a renoncé à son engagement aveugle au sein du 14 Mars, et qu'une autre est en train de s'ouvrir aux perspectives offertes au sein du 8 Mars ».
S'il est cependant difficile de séparer entre les convictions personnelles du leader druze et ses calculs en termes de politique régionale ou internationale, il est certain, assure M. Atrissi que les considérations purement locales du chef druze ont pris le dessus et commandé son rapprochement avec Hassan Nasrallah. L'expert explique cela par le fait que les incidents du 7 mai ont renforcé la conviction chez M. Joumblatt qu'il lui est impossible d'entrer en confrontation militaire avec le Hezbollah.
C'est ce qu'avait d'ailleurs révélé la rencontre à huis clos entre les cheikhs druzes, au cours de laquelle le chef du PSP avait clairement laissé entendre qu'il n'est pas de l'intérêt du PSP et des druzes en général d'affronter la puissance militaire du parti chiite.
Le second niveau d'analyse est sans aucun doute à rechercher au plan des mutations internationales, M. Joumblatt ayant su détecter à temps les changements introduits par Barack Obama qui a inauguré une nouvelle vision du monde à travers laquelle il cherche notamment à calmer le jeu dans la région.
Ce revirement « joumblattiste » est partiellement commandé par ailleurs par le rapprochement syro-saoudien dont les conséquences n'ont pas manqué d'influencer en même temps la position du chef de la majorité Saad Hariri, dont la visite auprès du secrétaire général du parti chiite ne devrait plus tarder.


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