C'est sans doute ce mot, «défi», qui décrit le mieux madame l'ambassadrice. Elle est d'ailleurs arrivée au Liban en juin 2008, au lendemain des graves dérapages sécuritaires. « Ce n'était pas moi qui étais angoissée, mais plutôt mes parents ! Découvrir à chaque fois, et pendant 3 à 4 ans, un lieu, des gens, une langue est un des aspects de ce métier qui m'intéresse le plus, poursuit-elle. Pour une femme, c'est un double défi. Je suis à la fois l'ambassadeur et l'ambassadrice. Il me faut aussi connaître le boucher, l'épicier, les détails de la vie quotidienne ! » Puis, au bout de quelque temps, lorsqu'elle sent ses missions personnelle et professionnelle accomplies, « j'ai besoin de renouveau, d'un autre défi ». Et la voilà repartie pour une nouvelle aventure.
Il semble presque naturel qu'Eva Maria Ziegler ait choisi la diplomatie après des études de droit. Son père était diplomate et son enfance, passée dans différents pays, loin de son Autriche natale, ont ancré en elle ce désir, ce plaisir de partir, à chaque fois, s'imprégner d'un ailleurs. « À 14 ans, nous sommes retournés à Vienne. Cela a été vraiment difficile, avoue-t-elle dans un très bon français. J'avais peu d'amis et je m'étais habituée à des horizons plus larges. Il m'a fallu beaucoup de temps pour me sentir chez moi. » De Bonn, son premier poste en 1993, à Bruxelles puis Milan, elle aura, à chaque escale, emporté avec elle un peu de sa patrie, de son amour pour la musique et son talent, un héritage de sa mère, cette fois-ci, qui fut elle-même musicienne et chanteuse. Mezzo soprano, « ma voix, précise-t-elle, est un peu profonde et, je l'espère, chaleureuse avec beaucoup d'expression ». Elle a ainsi sacrifié un destin de diva pour la diplomatie. « Il faut avoir le désir absolu d'embrasser cette carrière extrêmement rude pour s'y engager. Et puis, ajoute-t-elle, je n'avais pas vraiment trouvé le professeur qui parlait ma langue musicale. Celui avec lequel la communication aurait été parfaite quand il s'agit de technique de chant. »
Aujourd'hui, dans chacun de ces pays où elle s'installe provisoirement, Eva Maria Ziegler trouve son interlocuteur idéal, l' « accompagnateur » qui communique avec elle sur le même ton, sans fausse note. Elle poursuit ainsi un apprentissage qui lui permet, de temps en temps, de chanter devant un public limité à quelques amis et connaissances, et avec lequel « la chimie
fonctionne »...
Émotions
Eva Maria Ziegler peut parler des heures entières de la musique, des grands compositeurs autrichiens et allemands, du trac avant le grand moment, de l'émotion et de la technicité, deux éléments indispensables pour la réussite d'une prestation. Elle peut aussi parler des textes, qu'elle aime retenir et fredonner ; de la solitude du chanteur sur une scène nue, face à un public exigeant. Elle peut enfin longuement parler de son pays en dépoussiérant l'image d'Épinal de l'inoubliable Sound of Music. Souligner sa modernité, son économie, jeune, « après tout, Red Bull et Swarovzki sont de belles réussites bien de chez nous ! », et rappeler la solitude de l'ambassadeur en mission, «quelque part identique à celle d'une mezzo soprano. Ce qui m'aide, ajoute-t-elle, c'est ma foi en Dieu. »
Après Beyrouth, Eva Maria Ziegler va probablement retrouver Vienne pour quelques années. « Je souhaite laisser des traces de mes passages dans toutes ces destinations. Que les gens se disent : "Dommage qu'elle parte !" Outre les différentes coopérations économiques et sociales entre nos deux pays, la musique est un moyen, pour moi, d'imprimer mon empreinte et celle de l'Autriche. Quand je suis chez moi, j'ai le sentiment de retrouver mes vieilles mules, tellement confortables mais, quelque part, un peu vieillies et plus étroites. J'ai tellement vécu, Alhamdou lillah ! »
Et de conclure : J'aimerais vieillir à Vienne... »