Une masse monétaire qui augmente rapidement, une politique de la Réserve fédérale plus expansionniste que jamais, des investissements au plus bas dans le secteur pétrolier : certains économistes jugent que l'inflation est en germe.
« Quelle inflation ? » leur répondent les analystes d'Aurel ETC Pollak, « les indicateurs disponibles sur l'économie réelle ne militent pas pour un rebond rapide » des prix.
« Ces trois derniers mois, l'inflation a été globalement nulle », confirme l'économiste Joel Naroff. Là où ils augmentent, les prix le doivent à des facteurs comme la hausse des cours du pétrole, alimentée elle-même en bonne partie par... la crainte de l'inflation, ou la hausse des taxes sur le tabac.
« La seule chose dont il faut avoir peur c'est la peur elle-même », expliquait vendredi Andrew Tilton, de Goldman Sachs. « Le seul endroit où des pressions inflationnistes sont prouvées aux États-Unis aujourd'hui, ou dans un avenir prévisible, c'est dans les matières premières », d'après lui.
L'indice des prix à la consommation en mai, publié vendredi par le département du Travail, a conforté son analyse.
Non seulement les prix n'ont progressé que de 0,1 % sur un mois, mais sur un an, ils sont en chute de 1,3%, ce qui n'était plus arrivé depuis 1950.
La hausse des prix doit beaucoup à celle de l'essence (+3,1 %), alors que les prix de l'alimentation baissent (-0,2 %) pour le troisième mois consécutif.
Hors énergie et alimentation, indice dit de base et beaucoup moins dépendant de la volatilité des marchés, les prix ont également avancé de 0,1 % sur un mois, et affichent une hausse, très raisonnable, de 1,8 % sur un an.
M. Naroff voit dans ces prix sages le signe que « la récession continue et peu d'entreprises ont le pouvoir d'imposer des hausses de prix ».
Les indices « avancés » de l'inflation restent aussi très modérés. Les prix à la production des matériaux bruts (+3,6 % sur un mois) et des produits intermédiaires (+0,3 %), censés préfigurer ceux des produits finis, n'ont fait en mai que se relever de leur baisse des mois précédents.
Le risque d'inflation « n'est évoqué que dans une logique purement monétariste, au regard de la croissance du bilan de la Fed », rappelle Aurel ETC Pollak.
Le porte-drapeau de ces théoriciens a été dernièrement Arthur Laffer, l'un des économistes américains les plus célèbres, pour lequel « l'expansion monétaire, étant donné la hausse de la base monétaire, est inévitable, et aura pour conséquences au final une hausse de l'inflation ».
Les banques stockent en effet actuellement des réserves immenses auprès de la Banque centrale, qui pourraient rapidement se transformer en prêts, et alimenter une demande supérieure à l'offre, donc l'inflation.
Mais l'un des plus fervents tenants du monétarisme, le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke lui-même, se refuse à faire ce lien entre une création abondante de monnaie et une envolée future des prix.
Il répète régulièrement que la Fed saura éponger en temps venu les liquidités qu'elle a injectées ces derniers mois dans l'économie américaine pour lui éviter la dépression.
Pour Jan Hatzius, de Goldman Sachs, M. Bernanke voit juste. Le modèle mis en avant par M. Laffer « suppose que les banques sont les fournisseurs privilégiés du crédit et qu'elles se financent par les dépôts. (...) Aucune de ces deux hypothèses n'est valable aujourd'hui ».

