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Moyen Orient et Monde - Présidentielle

Face à la répression, la grande colère des Iraniens

Moussavi dénonce les arrestations des « enfants de la révolution ». Nouvel appel d'un haut dignitaire religieux à bien examiner les contestations.
Les partisans de Mir Hossein Moussavi ont poursuivi hier leur mouvement de protestation sans précédent en Iran depuis 1979. Au lendemain de leur marche dans le calme mardi, plusieurs dizaines de milliers de partisans du candidat malheureux à la présidentielle de 12 juin se sont à nouveau rassemblés à Téhéran, malgré l'interdiction. Ils ont défilé en silence entre les places Haft-é Tir et Enqelab, sans incident, ont indiqué des témoins ayant contacté l'AFP. M. Moussavi a aussi appelé à une journée de deuil aujourd'hui pour les sept civils morts lundi à Téhéran dans des heurts entre manifestants et miliciens islamistes.
M. Moussavi, qui a déposé avec les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Mohsen Rezaï, une contestation devant le Conseil des gardiens de la Constitution, a réitéré son appel à l'annulation du scrutin et à de nouvelles élections. M. Moussavi estime que le scrutin de vendredi dernier ayant mené à la réélection de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad avec près de 63 % des voix a été entaché de fraudes. « Nous souhaitons une protestation calme contre la manière malsaine dont a été tenue l'élection et nous poursuivons l'objectif de son annulation et de sa répétition, d'une façon garantissant que cette fraude honteuse ne se reproduise pas », a dit M. Moussavi.
Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a qualifié la réélection de M. Ahmadinejad de « grande fête », avait concédé mardi qu'un nouveau décompte partiel des résultats sujets à caution pourrait être nécessaire. Le Conseil des gardiens de la Constitution doit rendre au plus tard dimanche un avis sur un nouveau décompte.
Fait nouveau, Mohsen Rezaï, candidat conservateur, a exigé hier du ministère de l'Intérieur qu'il lui fournisse les chiffres détaillés des votes exprimés, laissant entendre qu'à défaut il demanderait l'annulation du scrutin, selon l'agence Mehr. Il a également accusé le ministère de ne pas coopérer, une attitude qui « fait suspecter que l'on trafique les votes pour les rendre conformes aux résultats » officiels, a-t-il dit, selon l'agence. La démarche de M. Rezaï est inhabituelle pour un représentant du camp conservateur. Il est particulièrement respecté au sein de ce camp après avoir dirigé pendant seize ans le corps d'élite des gardiens de la révolution. S'il allait jusqu'à demander l'annulation du scrutin, ce serait le signe d'une division croissante au sein d'un des piliers du régime et d'une contestation grandissante.
Autre signe de division, le grand ayatollah Abdolkarim Moussavi Ardabili a demandé « aux responsables concernés » de traiter les contestations des candidats « de manière impartiale » et de parvenir à « un verdict convaincant ». C'est le quatrième haut responsable religieux de ce rang à lancer un tel appel depuis samedi.
Du côté du pouvoir, Mahmoud Ahmadinejad a, quant à lui, réaffirmé que sa réélection était la preuve de la confiance du peuple. « Le résultat des élections confirme le travail du neuvième gouvernement, un travail basé sur l'honnêteté et le service du peuple », a-t-il dit en allusion à son premier mandat (2005-2009).
Mais entre-temps le régime n'a pas cessé d'arrêter des politiciens, conseillers, analystes et journalistes réformateurs qui soutiennent M. Moussavi, 67 ans. L'universitaire et sociologue Hamid Reza Jalaïpour, et l'économiste et analyste Saïd Laylaz, ont été arrêtés à leurs domiciles respectifs, selon leurs proches. Le fils de M. Jalaïpour aurait également été arrêté à l'aéroport de Téhéran, alors qu'il s'apprêtait à partir pour la Grande-Bretagne. Selon le quotidien Etemad Melli, un ex-porte-parole du ministère de l'Intérieur et plusieurs journalistes ont aussi été interpellés. Mardi, le ministre des Renseignements avait déjà annoncé l'arrestation de 26 « cerveaux » responsables des « troubles ». Le procureur général de la province d'Ispahan a, en outre, rappelé que « le code pénal islamique prévoit l'exécution pour de tels individus faisant la guerre à Dieu ». « Je condamne les nombreuses arrestations des enfants de la révolution », a réagi, de son côté, Moussavi.

Téhéran proteste contre les ingérences américaines
Les autorités ont aussi accentué leurs critiques contre les médias étrangers et contre certains pays occidentaux (voir par ailleurs). Le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur de la Suisse, qui représente les intérêts des États-Unis en Iran, pour protester contre les « ingérences » américaines dans ses affaires intérieures, a annoncé hier soir la télévision d'État. Barack Obama a dit mardi avoir de « profondes inquiétudes » concernant la présidentielle iranienne, tout en estimant qu'il ne serait « pas productif » pour les États-Unis de se mêler de politique intérieure iranienne et que la décision appartenait aux Iraniens. Un diplomate canadien de haut rang en poste à Téhéran a lui aussi été convoqué. Mardi, ce sont plusieurs ambassadeurs européens qui avaient été sommés de se rendre au ministère des Affaires étrangères pour y recevoir les récriminations du pouvoir.
Plusieurs capitales occidentales s'interrogent sur l'équité du scrutin et la justesse des résultats. Berlin estime qu'il y a eu des « irrégularités » dans le scrutin présidentiel et qu'une vérification des résultats est justifiée, a déclaré hier le porte-parole du gouvernement Ulrich Wilhelm.
La France, quant à elle, a de nouveau appelé l'Iran à mener une « enquête crédible et impartiale » sur le déroulement du scrutin, estimant qu'il soulève des « questions majeures ». Nicolas Sarkozy a par ailleurs jugé « intéressante » l'émergence d'une opposition en Iran.

Les partisans de Mir Hossein Moussavi ont poursuivi hier leur mouvement de protestation sans précédent en Iran depuis 1979. Au lendemain de leur marche dans le calme mardi, plusieurs dizaines de milliers de partisans du candidat malheureux à la présidentielle de 12 juin se sont à nouveau rassemblés à Téhéran, malgré l'interdiction. Ils ont défilé en silence entre les places Haft-é Tir et Enqelab, sans incident, ont indiqué des témoins ayant contacté l'AFP. M. Moussavi a aussi appelé à une journée de deuil aujourd'hui pour les sept civils morts lundi à Téhéran dans des heurts entre manifestants et miliciens islamistes.M. Moussavi, qui a déposé avec les deux autres...
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