Mir Hossein Moussavi, qui conteste la victoire du dirigeant ultraconservateur et juge que le scrutin était truqué, avait participé à la manifestation, interdite par le ministère de l'Intérieur, de même que le candidat réformateur Mehdi Karoubi. Juché sur le toit d'une voiture, M. Moussavi s'est dit « prêt à participer de nouveau à une élection présidentielle », tandis que son épouse, Zahra Rahnevard, a déclaré à l'AFP qu'ils « iraient jusqu'au bout » pour contester le résultat du scrutin du 12 juin, qui a vu la victoire de M. Ahmadinejad avec près de 63 % des voix. Le guide suprême, Ali Khamenei, pour qui le résultat du scrutin s'apparente à une « vraie fête », a appelé M. Moussavi à poursuivre sa contestation par la seule voie légale. Il se référait au dépôt par M. Moussavi d'un recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution pour obtenir l'annulation des résultats. Le Conseil doit rencontrer M. Moussavi aujourd'hui et a dit qu'il se décidera bientôt sur sa requête. Toutefois, M. Moussavi a déclaré qu'il n'était « pas très optimiste » quant au recours qu'il a formé. En outre, l'ex-président réformateur Mohammad Khatami va continuer à s'opposer à la réélection de M. Ahmadinejad jusqu'à l'organisation d'un nouveau scrutin, a dit hier à l'AFP son frère, Mohammad Reza Khatami. L'ex-président participait aussi à la manifestation d'hier.
En attendant, des centaines de milliers de manifestants, selon les estimations de l'AFP, ont occupé l'essentiel de l'avenue Azadi, lieu traditionnel des manifestations de commémoration de la révolution islamique de 1979. « Au moins un million et demi de personnes », selon un policier interrogé par l'AFP, « jusqu'à deux millions », selon un autre, ont crié « mort au dictateur », « les Iraniens préfèrent la mort à l'humiliation » ou « Moussavi nous te soutenons ». De nombreux manifestants arboraient des bouts d'étoffe verte, la couleur de la campagne électorale du candidat malheureux, sur laquelle on pouvait lire : « Où est mon vote ? » Une jeune étudiante de 21 ans, Fahar, a espéré que la police et la milice islamique des bassidjis « se comporteront de façon civilisée » alors que les affrontements entre manifestants et forces de sécurité avaient été parfois très violents samedi et dimanche. Hier, des manifestants ont mis le feu à des pneus et des poubelles et plusieurs motos ont été incendiées tandis que des policiers ont fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser. La télévision iranienne a montré de brèves images de la manifestation, dont les agences de presse n'ont pas fait mention. En revanche, la télévision avait amplement couvert la veille celle de soutien à M. Ahmadinejad.
Le journal de M. Moussavi, Kalameh Sabz, a été suspendu hier, selon un autre quotidien. De leur côté, quelque 200 parents de manifestants arrêtés au cours du week-end ont exigé leur libération devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran, avant de se disperser pacifiquement.
M. Ahmadinejad a, pour sa part, repoussé à aujourd'hui une visite prévue hier en Russie.
À Washington, le département d'État s'est dit « profondément préoccupé » par les violences postélectorales en Iran, indiquant « observer prudemment » les suites du scrutin. La Maison-Blanche, très prudente jusque-là, a fait part de son « inquiétude » quant à la régularité du scrutin, tout en se gardant de dénoncer une éventuelle fraude. « Les États-Unis et l'Europe ont une influence totalement différente sur la politique iranienne », a expliqué à l'AFP Karim Sadjadpour, du Carnegie Endowment for International Peace. « Si nous intervenions de façon prématurée dans le débat politique iranien, nous risquerions de porter involontairement tort à ceux que nous voulons aider », a ajouté cet expert de l'Iran, qui recommande à l'administration US de continuer à dire qu'elle observe les événements en Iran avec « intérêt et inquiétude ». D'autant que plusieurs voix se sont élevées hier à Washington pour souligner que M. Ahmadinejad pourrait bien avoir effectivement gagné le scrutin, notamment une ONG spécialisée dans l'étude des opinions publiques, Terror Free Tomorrow. Selon ce groupe qui a effectué un sondage téléphonique auprès de 1 001 Iraniens entre le 11 et le 20 mai dans les 30 provinces du pays, M. Ahmadinejad disposait de deux fois plus d'intentions de vote que ses opposants.
Le président français Nicolas Sarkozy a condamné les « violences contre les manifestants », appelant à faire « toute la lumière » sur les résultats de la présidentielle. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a condamné « les arrestations qui ont eu lieu lors des manifestations » et appelé à la libération des personnes détenues, alors que le ministère des Affaires étrangères a qualifié « d'inacceptables » les « actes de violence des forces de sécurité iraniennes contre des manifestants et les obstacles à des manifestations pacifiques ». Paris et Berlin ont convoqué l'ambassadeur d'Iran. Paris a demandé à l'Iran de protéger son ambassade à Téhéran, « objet d'une manifestation hostile » dimanche. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a affirmé que l'Iran devait répondre aux « questions sérieuses » soulevées par les élections. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a indiqué « suivre de près » la situation, notamment « la façon dont l'enquête va se dérouler », en référence à l'annonce par les dirigeants religieux iraniens d'une enquête sur le déroulement de l'élection. Le chef de l'ONU a toutefois affirmé que « la volonté véritable du peuple (iranien) doit être pleinement respectée ». L'Union européenne a demandé à l'Iran d'enquêter sur la conduite de l'élection et a « exprimé sa vive inquiétude concernant les violences dans les rues et l'utilisation de la force contre des manifestants pacifiques ».
Enfin, en Israël, le ministre de la Défense, Ehud Barak, a affirmé que la victoire de M. Ahmadinejad est une « mauvaise nouvelle ». Il a estimé que la politique de main tendue du président américain, Barack Obama, à l'égard de l'Iran devait être « courte, limitée dans le temps et accompagnée de sanctions ». M. Barak a aussi appelé la communauté internationale à ne pas abandonner l'option militaire dans ses pressions sur l'Iran à propos de son programme nucléaire.

