Liban

Et si le Hezbollah ne voulait pas vraiment gagner les élections ?

Éclairage
13/06/2009
Aussi étrange que cela puisse paraître, le Hezbollah est plutôt soulagé des résultats des élections législatives. Le ministre et député Mohammad Fneich a beau répéter que son parti voulait remporter les élections législatives, de plus en plus de voix au sein de l'opposition considèrent que le Hezbollah craignait en fait de se retrouver aux commandes du pays, même s'il avait ses alliés pour occuper les devants de la scène. Pour étayer cette thèse, les voix de l'opposition rappellent que c'est bien le Hezbollah qui a convaincu l'ancien ministre Wi'am Wahhab de renoncer à présenter sa candidature pour le siège druze de Baabda. Wahhab aurait pourtant pu être élu avec l'apport des voix chiites, de ses partisans et des chrétiens favorables au général Aoun. Mais le Hezbollah estimait qu'une telle candidature serait considérée comme une provocation par le leader druze Walid Joumblatt alors que ce dernier était en train de multiplier les signaux positifs en direction du parti. C'est aussi le Hezbollah qui a souhaité que Nasser Kandil retire sa candidature dans la troisième circonscription de Beyrouth, comme il n'a pas fait grand-chose pour aider ses alliés sunnites, à Beyrouth et ailleurs. C'est encore lui qui a refusé d'aider le candidat sunnite à Beyrouth 2, Adnane Aracji, par respect de l'accord de Doha qui prévoyait un partage à égalité des quatre sièges de cette circonscription entre l'opposition et la majorité (un sunnite et un Arménien pour la majorité, un chiite et un Arménien pour l'opposition). Lorsque la question était posée à ses cadres, ceux-ci répondaient : « Nous ne voulons pas prendre le risque d'une confrontation confessionnelle sunnito-chiite, surtout dans un tel climat de mobilisation extrême. » Certes, le Hezbollah a mené la bataille électorale selon les règles, en mettant tout son poids dans la balance. Mais au sein de l'opposition, certains estiment qu'il recherchait essentiellement deux objectifs : d'abord, montrer que sa popularité au sein de la communauté chiite est en hausse et cet objectif a été atteint puisqu'en moyenne, 90 % des suffrages de cette communauté ont plébiscité le Hezbollah dans la Békaa et au Sud. Le second objectif était de faire en sorte dans les circonscriptions où les voix chiites ont du poids que le général Michel Aoun puisse conserver un important bloc parlementaire et cet objectif a été aussi atteint, puisque le Bloc du changement et de la réforme compte désormais 27 membres et que Aoun a remporté la plupart des sièges de la « montagne chrétienne ». Le Hezbollah tenait à cet objectif d'abord pour montrer que l'alliance avec lui est utile et porteuse de victoire, ensuite parce qu'il estime que la campagne internationale menée contre le général Aoun le vise indirectement et cherche à l'isoler pour mieux le briser. Ces objectifs atteints, le Hezbollah peut se déclarer satisfait, d'autant qu'il craignait d'être placé sur le devant de la scène dans une période assez critique pour la région. Avec le forcing de la nouvelle administration américaine pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien et sa volonté de relancer un processus de paix entre, d'une part, la Syrie et Israël et, d'autre part, le Liban et Israël, le Hezbollah aurait pu se trouver dans une situation inconfortable. Comment concilier le fait d'être une des principales composantes du gouvernement issu d'élections remportées par l'opposition et celui de mener des négociations avec Israël ou de traiter indirectement avec l'administration américaine dans ce contexte ? Dans cette période confuse de redistribution des cartes régionales, le Hezbollah préfère rester en retrait, sans oublier le fait qu'il ne voulait pas non plus assumer devant la population la responsabilité d'être la cause de sanctions économiques contre le Liban au vu des menaces proférées par des chancelleries occidentales. De plus, le Hezbollah avait aussi saisi avant tous ses autres partenaires au sein de l'opposition le désintérêt de la Syrie à l'égard du processus électoral libanais. Alors que certains alliés de la Syrie annonçaient sans relâche que Damas comptait entrer dans la bataille électorale par le Akkar, la Békaa-Ouest et Tripoli, rien ne s'est passé jusqu'à la fermeture des bureaux de vote. Même auparavant, certains piliers de l'opposition s'étaient plaints auprès des dirigeants syriens d'un afflux d'argent en provenance d'Arabie saoudite, contrairement à l'accord conclu entre le roi Abdallah d'Arabie, l'émir du Qatar et le président Bachar el-Assad au cours de leur rencontre au sommet du Koweït, lorsqu'ils s'étaient mis d'accord pour ne pas intervenir dans le cours des élections libanaises. Là aussi, les autorités syriennes n'avaient pas réagi, tout comme elles n'étaient pas non plus intervenues dans la composition des listes de l'opposition, laissant quasiment tomber certains de ses alliés. De l'aveu de certains chefs de l'opposition, la Syrie n'a donc rien fait pour favoriser une victoire de ses alliés. Et lorsque la question a été directement posée aux dirigeants syriens, ceux-ci ont laissé entendre que le résultat des élections ne compte pas, à partir du moment où les relations entre Damas et Washington sont en train de s'améliorer, tout comme celles de Damas et de Riyad. Les autorités syriennes seraient donc prêtes à ouvrir une nouvelle page avec Saad Hariri devenu Premier ministre, du moment que leurs relations avec les dirigeants saoudiens sont devenues plus cordiales. D'ailleurs, comme toujours, c'est Walid Joumblatt qui a donné le ton en déclarant hier au Akhbar que « Saad Hariri peut dialoguer avec la Syrie, et cela est inévitable ». Mais plus important que les considérations internes libanaises, la Syrie a des défis régionaux et internationaux à relever. Elle s'apprête à relancer le processus de négociations avec Israël et souhaite montrer de bonnes dispositions à l'égard de l'Occident. Pour elle, les élections libanaises ne constituent pas un enjeu très important, d'autant que ses alliés libanais restent forts et en mesure de s'opposer à d'éventuelles décisions qui visent à les marginaliser...
En somme, les résultats des élections législatives arrangent un peu tout le monde, l'équilibre des forces est pratiquement inchangé, ce qui rassure l'Occident, et la victoire indiscutable de Saad Hariri lui permet de jouer un rôle nouveau sur la scène interne et régionale. Seuls ceux qui espéraient un véritable changement sont déçus...

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