Législatives : juin 2009 - Tout le monde en parle

Belgique-Liban : concours de circonstances électorales

12/06/2009

Pas d'avenir sans changement ; la démocratie existe par l'exercice électoral et la possibilité de l'alternance. Ce 7 juin, les citoyens belges et libanais s'exprimeront à travers les urnes dans des scrutins qui s'annoncent à la fois comme importants et serrés. Dans les deux pays, cette consultation tant anticipée est considérée à maints égards comme décisive pour le futur.
Ce hasard de calendrier fournit l'occasion d'une mise en parallèle de ces petits pays. En déplacement au Liban à la mi-avril dernier, le Premier ministre belge a d'ailleurs cédé lui-même devant son homologue libanais au recoupement des réalités libanaises et belges. Malgré une taille, une population et un PIB trois fois supérieurs à ceux du Liban, la Belgique connait en effet des dynamiques remarquablement proches de divers processus à l'œuvre dans le pays du Cèdre.
De fait, au-delà du constat d'une coïncidence électorale, les deux pays offrent le spectacle de deux sociétés plurales. Fruit d'un héritage historique complexe avec lequel elles n'ont cessé de débattre, cette richesse sociétale a connu une consécration institutionnelle par la mise en place d'un partage de pouvoir basé sur l'appartenance - régionale et linguistique en Belgique, confessionnelle au Liban. Qui plus est, ces fractures traversent le système des partis politiques, transformant ces derniers en blocs identitaires avec toutes les conséquences que cela induit sur l'allégeance à un État supposément supracommunautaire.
Récemment, ces configurations composites ont vu surgir un conflit structurel. L'un suite aux élections fédérales de juin 2007, et l'autre en marge de l'élection la même année d'un président de la République. Dans les deux cas, un blocage institutionnel s'en est suivi avec à la clé une vacance prolongée du pouvoir. Dans les deux cas, les contentieux sont venus se greffer sur une structure politique et sociale marquée à des degrés variables par le clientélisme, les dynasties politiques (Gemayel, Hariri, Joumblatt, d'une part, De Gucht, Daerden, Michel de l'autre), les craintes de l'élargissement démographique et/ou territorial d'une communauté (les chiites au Liban, la périphérie bruxelloise en Belgique), des tergiversations sur la loi électorale, des mobilisations autour d'enjeux d'ordre symbolique ou encore des initiatives basées sur des mémoires collectives (et sélectives) détournant l'attention des problèmes dits « réels ».
Face à cette série de convergences frappantes, deux remarques s'imposent. Il convient tout d'abord de rappeler que toute comparaison est boiteuse. Nous savons que le contexte régional, incomparable à bien des égards, importe. En outre, il n'a jamais été fait recours aux armes en Belgique, alors que cette tentation émaille les conflits au Liban - à l'image des événements de mai 2008.
Néanmoins, dans le cadre de cet exercice comparatif, les ressemblances paraissent plus éclairantes. Ainsi en va-t-il de ressorts tout aussi agissants mais parfois sous-estimés du conflit communautaire. En Belgique comme au Liban, les enjeux économiques sont au cœur de la vie politique. Si le pays de Brel est secoué par ses querelles linguistiques, les disputes à propos de la gestion budgétaire, avec en filigrane une prospérité divergente selon les régions, occupent une grande place dans l'exacerbation des tensions. Dans la patrie de Khalil Gibran, la religion est rarement le vrai problème. Les contacts transcommunautaires persistent, à presque tous les échelons de la société. Souvent, au contraire, la religion est instrumentalisée par des entrepreneurs politiques qui constituent une classe politico-économique se servant de la lutte électorale pour mieux contrôler les ressources sociales et économiques.
Enchaînant à des intensités variables conflits et instabilité, le Liban et la Belgique restent perçus, malgré leurs déboires, comme la preuve d'une coexistence possible. Une telle perception va jusqu'à leur attribuer le rôle de « laboratoire », voire de « message ». Pour qu'une telle vision se perpétue, le rendez-vous électoral s'impose. C'est aussi un défi sérieux. À cet égard, plusieurs inconnues demeurent : la portée d'une victoire de partis considérés à tort ou à raison comme radicaux, la réforme de l'État belge et le désarmement des milices libanaises et des camps palestiniens : bref des problématiques d'égale complexité que les deux sociétés ont cherché successivement à nier, reconnaître, puis résoudre avant de s'y engouffrer douloureusement.
Le dénouement temporaire des récentes crises belges et libanaises a été intimement lié à l'émergence d'hommes politiques sans prétentions ni complexes, dont la modération tranchaient avec les discours ambiants, respectivement le Premier ministre Van Rompuy et le président Sleiman. Derrière le choix de ces personnalités se profile le désir collectif d'une autre politique, sur fond de lassitude face à ces confrontations sans issue. Certaines institutions dépassent les clivages habituels (l'armée ainsi que de nombreuses ONG au Liban ; des maisons de culture et certaines entreprises en Belgique). Serait-ce le signe d'un regain d'une aspiration inavouée d'unité ?
Les élections du 7 juin - régionales et européennes en Belgique, législatives au Liban - contribueront à y répondre, tout en testant le calme précaire instauré laborieusement par les nouveaux protagonistes. Dans les deux cas, des impulsions contraires (re)font surface simultanément, les unes tendant vers la confrontation, d'autres vers l'apaisement. Là encore, la Belgique de Van Rompuy rejoint le Liban de Sleiman. Même si leur mandat n'est pas directement plébiscité cette fois-ci, la question est de savoir si ces derniers pèseront suffisamment lourd pour s'imposer dans les tractations postélectorales.

Nadim FARHAT & Ward VLOEBERGHS,

Université catholique de Louvain

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