Face à ces deux listes complètes, se sont présentés deux indépendants : le Dr Pierre Daccache (Hadeth, maronite, très populaire au sein de son fief), et l'ancien député chiite, Saad Slim (Borj el-Barajneh).
En gros, les électeurs inscrits se divisaient ainsi : 81 494 électeurs chrétiens et 70 090 musulmans. Ces derniers étaient répartis entre 35 349 chiites inscrits (21 000 votants hier), 25 975 druzes (15 500 votants allant dans leur immense majorité au PSP), et 8 771 sunnites (4 000 votants partisans en grande majorité du 14 Mars). Quant aux chrétiens inscrits, ils se présentaient ainsi : 56 993 maronites ; 12 119 grecs-orthodoxes ; 7 540 grecs-catholiques et 4 837 divers. Sur cette fourchette, les spécialistes assuraient que « 16 000 voix iront sans hésitation à la liste du CPL et 12 000 aux partisans du 14 Mars ». Le CPL partait avec une avance d'environ 4 000 voix. Restaient donc 14 000 à 15 000 voix chrétiennes indécises... qui ont décidé de l'issue de ce scrutin.
Du Metn-Sud à Chiyah, en passant par Qortada, Ras el-Metn, Arsoun, Hammana, Chebanieh, Baabda et Hadeth, le 14 et le 8 Mars ont mené la bataille avec rage et détermination et... y ont mis tous les ingrédients du folklore libanais. Leurs jeunes partisans ont sillonné les routes masquant leurs velléités belliqueuses sous les « taratata » sonores ou les musiques patriotiques. Aux tee-shirts et étendards couleur orange ont répondu les chemises rouge et blanc et les fanions des partis politiques. Installés les uns en face des autres, ils contrôlaient l'accès des bureaux de vote, en se mesurant du regard. Pas de disputes, alors ? « Non, on se contrôle ! » nous a-t-on répondu à Baabda.
Entre-temps, les électeurs poireautent depuis des heures devant les bureaux de vote, les uns supportant l'attente avec fatalisme, d'autres criant leur colère, d'autres encore menaçant de quitter les lieux et de ne plus y revenir. À Hammana, les voix s'élèvent toutefois contre un chef de bureau qui « lambine exprès ». « Il a même mis à la porte les observateurs. Nous nous sommes plaints auprès du ministère de l'Intérieur, mais rien à faire, il n'en fait qu'à sa tête », explique un délégué. Agitant sa grosse main baguée comme si ce geste pouvait suffire à effacer ce qui la contrariait, Salma avertit qu'elle ne bougera pas avant d'avoir désigné ses députés. « Excusez-moi, Michel Aoun, mais je ne veux plus voter », hurle une autre en tournant les talons, traînant derrière elle une vieille dame. Marie-Hélène, qui vient de déposer dans l'urne son bulletin de vote « pour le 14 Mars », sourit, ravie. Elle explique toutefois que ce qui devait être une simple opération a tourné au « cauchemar », et qu'il lui a fallu attendre son tour plus de deux heures et demie. « En 2005, nous avions six bureaux de vote pour canaliser le nombre des électeurs ; aujourd'hui, il n'y en a que trois ce qui, à l'évidence, est insuffisant », dit-elle. « Mauvaise organisation », maugrée un électeur à Hadeth qui avoue que le panachage en faveur du Dr Pierre Daccache a été pratiqué à grande échelle. « C'est notre leader. Nous l'aimons et le respectons énormément. » Un peu plus loin, un attroupement se fait autour du candidat Edmond Gharios, qui indique que le taux de participation, vers 16 heures, était de 50 % à Hadeth, Baabda et Aïn el-Remmaneh.
Les Libanais indécis ont finalement réagi ... et décidé de l'issue de ce scrutin.


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