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Liban

Jacques Vergès : un serial plaideur, qui lance un cri d’humanité

La place d'un avocat est-elle sur une scène de théâtre ? C'est par cette question que Me Jacques Vergès commence son spectacle d'une heure trente devant une salle archicomble et silencieuse au Music Hall, lundi soir. Silhouette mince entourée d'un halo de lumière dans une salle obscure, sur une scène austère, presque sans décor et soudain la voix de stentor résonne, alternant l'émotion, l'ironie et les envolées lyriques, pour raconter une carrière hors normes, mais surtout pour dire la grandeur et la misère du métier d'avocat pénal, défenseur de l'être humain, non du crime.
Grâce aux mots de Me Vergès, qui manie la langue avec une aisance jubilatoire, l'avocat devient un témoin de son siècle et celui de l'évolution de la société, ainsi que le reflet des grands débats d'idées qui secouent le monde contemporain.
Les auditeurs, car il s'agit essentiellement d'un spectacle auditif, retiennent leur souffle et Me Vergès remonte jusqu'à Antigone, selon lui, le premier procès de l'histoire, et raconte comment condamnée, elle a préféré se donner la mort. Mais comme un procès ne s'arrête pas au jugement, comme il le dit si bien, les conséquences continueront à se faire sentir et son père ne sortira pas indemne de cette condamnation. Jeanne d'Arc sera aussi évoquée avec son bon sens et son courage face aux juges qui essaient de la déstabiliser. Elle aussi meurt et, à travers les mots de Me Vergès, les présents ont l'impression de voir la scène terrible se dérouler devant eux. Mais elle a donné une nouvelle impulsion à l'histoire et... aux procès.
Ancien résistant, il rend hommage au général de Gaulle et à son combat, mais il n'hésite pas en tant qu'avocat à défendre le nazi Klaus Barbie. Il évoque à ce stade les critiques dont il a fait l'objet, rappelant que ce qu'il défend ce n'est pas le crime, mais la part d'humanité qui existe en chaque homme et chaque femme, et que nul ne peut leur enlever. C'est pour la dignité de l'être humain qu'il s'est battu et qu'il se bat encore, ayant compris que dans le monde moderne, ce qui compte plus que ce qui se passe au prétoire, dans la salle du tribunal, c'est l'opinion publique qu'il faut mobiliser. C'est d'ailleurs ce qu'il appelle la stratégie de rupture.
Avec une carrière qui s'étale sur plus de cinquante ans, Jacques Vergès ne se fait plus beaucoup d'illusions sur les justices et les systèmes judiciaires du monde. Mais il parie toujours sur l'homme.
Il raconte ainsi comment encore avocat stagiaire, il était souvent commis d'office pour défendre les jeunes femmes qui avaient subi un avortement et celles qu'on appelait alors « les faiseuses d'anges ». Terrorisées, elles devaient affronter des juges terribles, drapés dans leur bonne conscience et qui les accusaient d'avoir tué une vie humaine. Aujourd'hui, ajoute Me Vergès, les temps ont changé et la loi parle d'interruption volontaire de grossesse.
Me Vergès raconte aussi, dans son style inimitable, comment il a défendu les nationalistes algériens dont la fameuse Jamila qui deviendra plus tard son épouse. Il évoque au passage le procès de Saddam Hussein dont il a failli être un des défenseurs, n'était l'opposition d'un des membres de la famille, provoquant les applaudissements de la salle, en disant qu'il fallait laisser un peu plus de dignité à l'ancien dictateur et qu'il a été carrément liquidé pour éviter qu'il ne dise qui lui a vendu les armes de destruction massive...
Me Vergès parle encore de cette mère qui a tué les deux filles qu'elle adorait car elle avait été terriblement humiliée par son ex-mari. Il avait réussi à obtenir sa libération, mais elle s'est rapidement suicidée, voulant rejoindre ses deux filles. Il a ainsi fait en quelque sorte le procès de ceux qui condamnent sans savoir et réhabilité ce qu'on appelle le crime de droit commun qui est l'expression la plus réaliste de la condition humaine. « Ces criminels sont des gens comme nous, ils ont simplement pris un mauvais chemin... », clame-t-il, la voix vibrante. Il n'y a donc pas de monstres, selon lui, rien que des êtres humains, qui montrent beaucoup plus leur mauvais côté plutôt que le bon.
Ce n'est certes pas un plaidoyer pour le crime, mais un cri d'humanité dans un monde qui en manque de plus en plus. Eh bien oui, Me Vergès, tous ceux qui vous ont écouté lundi ont pensé que la place d'un avocat peut bien être sur la scène d'un théâtre, puisque tout procès, même s'il se transforme en mascarade ou en vaudeville, reste avant tout une tragédie.

S.H.
La place d'un avocat est-elle sur une scène de théâtre ? C'est par cette question que Me Jacques Vergès commence son spectacle d'une heure trente devant une salle archicomble et silencieuse au Music Hall, lundi soir. Silhouette mince entourée d'un halo de lumière dans une salle obscure, sur une scène austère, presque sans décor et soudain la voix de stentor résonne, alternant l'émotion, l'ironie et les envolées lyriques, pour raconter une carrière hors normes, mais surtout pour dire la grandeur et la misère du métier d'avocat pénal, défenseur de l'être humain, non du crime.Grâce aux mots de Me Vergès, qui manie la langue avec une aisance jubilatoire, l'avocat devient un témoin de son...
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