Selon une source diplomatique libanaise, les membres du Conseil de sécurité ont soulevé au cours de ce débat diverses questions portant sur les raisons pour lesquelles les parties concernées par l'application de la 1559, notamment Israël, les milices armées locales (allusion au Hezbollah) et les organisations palestiniennes, ne se conforment toujours pas à la teneur de la 1559. C'est en répondant aux questions des représentants des pays membres du Conseil de sécurité que M. Roed-Larsen a soulevé l'affaire des activités illégales du Hezbollah en Égypte. Le responsable onusien a exprimé à ce propos sa vive inquiétude quant à l'action clandestine du parti chiite sur le territoire égyptien.
Les sources diplomatiques locales indiquent dans ce cadre que le gouvernement égyptien a informé officiellement les Nations unies des activités illégales du Hezbollah sur son territoire, soulignant à cet égard que l'affaire est désormais entre les mains de la justice au Caire. M. Roed-Larsen a précisé devant les membres du Conseil de sécurité qu'il s'était rendu au Caire afin de s'informer des détails de cette affaire. Le responsable onusien a informé le Conseil de sécurité des informations qui ont été mises à sa disposition par les autorités égyptiennes, dont il ressort que le responsable du Hezbollah, et chef du réseau, Sami Chéhab, était entré en Égypte avec un document de voyage portant un faux nom, mais délivré « légalement » par un service de sécurité libanais. M. Roed-Larsen a, d'autre part, indiqué que le réseau du Hezbollah avait planifié l'exécution d'attentats aux explosifs à l'intérieur du territoire égyptien et n'avait donc nullement limité son action au transfert d'armes en direction de Gaza, via le Sinaï, au bénéfice du mouvement Hamas, soutenu par la République islamique iranienne.
Face aux informations fournies par le responsable onusien, les membres du Conseil de sécurité ont adopté des positions divergentes concernant cette affaire. Les représentants des États-Unis, de la Grande-Bretagne, du Japon et de l'Autriche ont clairement exprimé leur inquiétude au sujet des activités illégales du Hezbollah. Le représentant de la France s'est contenté, de son côté, de prendre acte de ces activités, en s'abstenant de faire des commentaires. Quant au délégué de la Russie, il n'a pas commenté directement la question, mais il a mis l'accent sur la nécessité d'appliquer toutes les clauses de la résolution 1559 et de « dissoudre toutes les organisations armées (illégales), sans exception ».
À Beyrouth, une source ministérielle a souligné qu'il n'était pas « logique » que M. Roed-Larsen évoque le problème des activités illégales du Hezbollah en Égypte dans le cadre de son exposé sur le suivi de l'application de la 1559 car de telles activités ne sauraient être considérées comme une violation de la résolution en question. Celle-ci stipule, en effet, que le Hezbollah doit s'abstenir de mener des opérations militaires contre Israël « à partir du territoire libanais », relève la source ministérielle susmentionnée qui précise dans ce cadre que l'émissaire du secrétaire général de l'ONU aurait dû se contenter de souligner que l'activité illégale du Hezbollah en Égypte était une violation de la souveraineté égyptienne, indépendamment des conditions et du degré d'avancement de l'application de la résolution 1559.
En tout état de cause, les milieux diplomatiques locaux précités soulignent que cette affaire a mis dans l'embarras le gouvernement libanais qui tente de trouver une issue honorable à la question. Mais les autorités égyptiennes refusent toute médiation sur ce plan et affirment que le dossier est aujourd'hui entre les mains de la justice qui doit parachever l'enquête et juger les coupables.

