Ce qui implique cette proportionnelle que tout le monde défend sans que personne ne lève le petit doigt pour lui donner corps. Alors que c'est la seule formule permettant à la société civile et à la jeunesse, leviers du pays, de s'exprimer. Le scrutin majoritaire oblige pratiquement un candidat à la sujétion ou à l'achat de son strapontin. Tandis qu'avec la proportionnelle, il peut s'adresser directement à l'électeur, ses chances d'en être écouté dépendant de son assise populaire. De plus, son élection ne serait pas due à des choix sectaires, communautaires ou partisans.
Pour le moment, on reste dans le gris. La prochaine Chambre comprendra toujours ces blocs confessionnels, ou partisans, qui disposent à leur guise de la République. Au mépris, finalement, de la démocratie pluraliste bien comprise, puisque les voix qui se font entendre sous la coupole restent monocordes, se partageant entre 14 et 8 Mars. Ce qui fait que la majorité parlementaire qui décide reste immuable, sans tenir compte des changements de circonstances infléchissant, modifiant cette volonté populaire qu'elle est censée représenter. En fait, c'est moins le scrutin majoritaire qui est fautif que l'application qui en est faite. Une coagulation confessionnelle ou ethnique, même minoritaire, peut altérer le verdict des urnes et renvoyer dans ses pénates un candidat valable. Cette aberration se retrouve également au niveau de la formation des gouvernements, soumise au caprice de tout groupe confessionnel ou partisan, aux dépens de la fibre nationale unificatrice. On a vu ainsi comment des partis qui contrôlent une communauté posent et imposent leurs conditions. En jouant sur le prologue de la Constitution qui dénie toute légitimité à un pouvoir ne se fondant pas sur la coexistence. Ainsi que sur l'article 34 C qui répartit les sièges parlementaires ou ministériels, ainsi que les hauts fonctionnaires, à égalité entre musulmans et chrétiens.
La prochaine Chambre se retrouvera, à cause du maintien de la même ligne de pression opposante obstructionniste, sous le régime forcé d'un système dit de démocratie consensuelle qui, en fait, est l'antonyme même de la démocratie tout court. Car il conduit à la paralysie de l'État dont elle est le moteur. C'est ce que l'on a vu avec le retrait des ministres chiites, la fermeture de la Chambre et la crise de la présidentielle. Désastres aggravés par l'armement, que l'on a vu à l'œuvre le 7 mai et dont l'intimidation pèse lourd sur le 7 juin.

