Le chômage est reconnu pratiquement par tous comme le problème numéro un de la société libanaise. Il gangrène les pays en voie de développement et plombe souvent leur volonté de progrès social : il menace même les valeurs démocratiques de notre pays. Comment peut-on être citoyen et chômeur ? Peut-on participer au fonctionnement de la société libanaise si l'on ne contribue pas au développement de ses richesses ? Toute société fonde son organisation sur la valeur « travail » qui constitue non seulement un droit pour chacun, mais aussi un devoir. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Seuls ceux qui, pour des raisons de santé, ne peuvent travailler ont droit à une assistance financière pour disposer des moyens convenables d'existence.
Le travail, l'emploi doivent procurer les ressources qui permettent de vivre, mais aussi d'inclure la contribution de chaque citoyen à la richesse de la nation.
Si nous voulons vraiment une société démocratique, il est temps de faire de l'égalité un vrai programme politique. La confusion entre la politique et les bons sentiments n'a jamais fait progresser la dignité humaine. L'égalité situe les individus dans des relations de contrats et de reconnaissance mutuelle et non pas dans une dépendance, aussi généreuse soit-elle, d'une société de bienfaisance. La dignité de la personne trouve son expression dans l'application démocratique plutôt que dans le développement de la charité fraternelle, même modernisée dans sa forme. L'accès au marché du travail devient une priorité, un préalable incontournable pour une société dite démocratique. Le travail donne l'indépendance économique, intellectuelle qui permet à tout un chacun d'exercer sa citoyenneté. Ainsi, chacun peut être reconnu pour ce qu'il fait et non pas pour son statut, ou son absence de statut, ou bien encore pour son appartenance communautaire, car la précarité au travail touche toutes les catégories de la population, tous les types d'emploi.
Le prochain gouvernement devrait faire de l'emploi sa priorité, car celui-ci reste à ses yeux et aux yeux des citoyens le seul vecteur d'intégration sociale.
Le contenu du travail change profondément et n'échappe pas en cela à l'accélération du mode de fonctionnement de la société libanaise. L'espace et le temps se diluent. On peut travailler à peu près n'importe où et n'importe quand. La pénibilité physique diminue, alors que les charges mentales, le stress augmentent. De plus en plus nombreux sont ceux pour qui le travail ne s'arrête pas à la sortie du bureau ou de l'usine, les soucis professionnels les accompagnent à la maison, et la frontière entre temps de travail et temps disponible s'estompe. Dans ces conditions, le travail exige du salarié non pas nécessairement une présence, mais surtout une mobilisation de ses moyens personnels, de son intelligence pour donner la plus grande efficacité aux outils qui lui sont confiés dans le but d'obtenir un résultat.
Le rôle du politique ne doit pas se limiter à la gestion administrative de la collectivité. Il doit porter sur les valeurs d'espérance et de foi dans l'avenir. Comme nos futurs élus politiques ne feront que représenter le corps social, ils ne pourront assumer pleinement ce rôle que si les citoyens libanais eux-mêmes s'intéressent à l'action politique, la prennent en charge en faisant le bon choix des candidats aux élections législatives. La culture, la formation, l'éducation et l'expérience du passé ne leur manquent pas pour voter en faveur des meilleurs candidats.
En fait, le travail actif n'a peut-être d'autre intérêt que celui de reconnaître à chacun le droit de contribuer par son activité et ses convictions à la construction de la nouvelle société libanaise, autant que la société libanaise a besoin de la participation de chacun pour un avenir meilleur et pour un Liban avec une proportion minime de chômeurs.

