Depuis lors, les relations entre les deux hommes sont l'objet de spéculations intenses. « Ce sont de bons partenaires, qui ont des points de vue convergents sur l'avenir de la Russie, mais leurs antécédents, leur style et leur conception de la gestion au quotidien présentent, eux, de grosses différences », explique un responsable, à propos des rumeurs insistantes sur une rupture entre les deux hommes.
Pendant ses huit années au Kremlin (2000-2008), marquées par le retour de la Russie sur la scène internationale et le boom de son économie après les difficiles années postsoviétiques, M. Poutine a fait de la présidence le cœur de la vie politique russe. Aucune grande question ne pouvait être tranchée sans le chef de l'État. Dans ses apparitions publiques, M. Poutine aimait montrer qu'il connaissait en détail la vie de ses concitoyens et apportait une touche personnelle à la vie politique par des gestes comme l'envoi d'un arbre de Noël à une petite fille ou en décrétant la construction d'une route dans un village isolé. « Le président est responsable de tout en Russie », déclarait-il dans l'un de ses premiers discours.
M. Medvedev, ancien avocat aujourd'hui âgé de 43 ans, a commencé avec un point de vue différent : « Un système dans lequel tout se décide au Kremlin n'est pas idéal », a-t-il dit naguère aux gouverneurs, rompant clairement avec le style « tsariste » de Poutine. Dmitri Medvedev, qui doit affronter la plus grave crise économique en Russie depuis une dizaine d'années, est nettement moins enclin que Vladimir Poutine à imposer ses volontés aux ministres les plus importants et se laisse moins guider par l'émotion que son prédécesseur. La langue fleurie et « faubourienne » de Poutine, qui lui a valu sa popularité auprès de l'homme de la rue, a cédé la place au style plus guindé, procédurier de Medvedev, qui multiplie les références aux normes juridiques.
Des choses inimaginables dans la Russie poutinienne ont commencé à se produire : des ministres de Medvedev s'aventurent dans des querelles sur des questions à propos desquelles les dirigeants du pays ont d'ores et déjà formulé une opinion. Et, étonnamment, nul n'a été limogé à ce jour pour cela.
La première année de Medvedev au pouvoir a également été caractérisée par le recul sensible de la rhétorique nationaliste du Kremlin. Les mouvements de jeunesse pro-Kremlin qui, sous Poutine, effrayaient les milieux libéraux russes par leurs démonstrations d'un patriotisme agressif ont tout bonnement disparu. Medvedev préconise un développement du rôle des ONG, entités que son prédécesseur accusait d'être à la solde des gouvernements occidentaux.
« La liberté vaut mieux que l'absence de liberté », disait Medvedev dans un discours de campagne électorale, en évoquant un sujet qui était devenu tabou sous Poutine.
Est-ce pour autant que cette différence de style augure d'un nouveau cours, d'une politique vraiment différente de celle de Poutine, que ses opposants accusaient de fouler au pied la démocratie ? Ou est-ce que ce style ne procède pas d'une tactique de la part de Medvedev, pour modifier l'équilibre des forces au sein du tandem au pouvoir ?
Les avis divergent. « Medvedev a absolument besoin de disposer d'une assise pour exercer son pouvoir, et il faut qu'il se trouve des partisans un peu partout », estime Alexeï Moukhine, du Centre d'information politique. D'autres pensent qu'un tel style a été élaboré de concert avec Poutine lui-même.
Oleg CHTCHEDROV (Reuters)


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