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Culture - Spectacle

Les arabesques du temps de Marie-Claude Pietragalla

La compagnie Marie-Claude Pietragalla a présenté au BIEL « Carte blanche », comprenant  deux grandes œuvres maîtresses de son  répertoire, devant un public ébloui et médusé.
Il y a quelques années, elle avait dansé en solo dans la cour intérieure de Beiteddine. L'ex-étoile de l'Opéra de Paris, qui s'est associée  depuis à Julien Derouault, ancien danseur du Ballet national de Marseille, pour fonder Pietragalla Compagnie, est revenue cette fois invitée par le We Group  et a présenté un  fabuleux double programme empreint de novation et d'humanité.  
Pour Pietragalla, la danse est « l'art de tous les maux qui ne peuvent se dire » ; un art premier qui se suffit à lui-même, mais féconde aussi tous les autres. Dans son spectacle, arts scéniques, humour, écriture, textes poétiques, dessin et projections vidéos se succèdent et fusionnent pour ne faire qu'une seule plate-forme d'expression : le corps.
« Nous définissons notre travail comme le théâtre du corps et  travaillons beaucoup sur le conscient et l'inconscient. Je suis persuadée que chaque événement, marquant ou non, s'inscrit dans le corps et c'est à nous, chorégraphes, danseurs, de retransmettre toutes ces émotions. Art du sensible, la danse devient ainsi  narration », dit-elle.
En narrant le sulfureux marquis de Sade et son enfermement à la prison-asile de Charenton durant les onze dernières années de sa vie, ou  le drame de la mine de Courrières, Pietragalla  n'entend pas relater un fait historique. Le corps n'est plus qu'allégorie et espace d'écriture.  

La danse comme narration  
Dans Sade, ou le théâtre des fous,  la compagnie revisite donc pour la première fois, en danse, l'œuvre de l'écrivain. Traversant les lieux, la chorégraphe, devenue Sade, observe le rituel des aliénés. Merveilleuse Pietragalla, dont les jambes et les bras dessinent des arcs de cercle dans l'air. Des arcs-en-ciel pleins de couleurs. Le spectacle qui débute par un tableau très puissant (les fous sont suspendus dans une grande cage, tête en bas) emmène les spectateurs dans un univers envoûtant. Comment illustrer le désordre des sens, du mental et des gestes par un superbe mouvement d'ensemble bien équilibré et ajusté ?
C'est au rythme des Suites de Bach, des compositions et du mixage de Laurent Garnier, pionnier de la musique électro, et avec la voix du comédien Alain Delon qui ponctue l'espace,  que le ballet, avec ses bouffonneries, va évoquer l'inconstance des rapports humains.
Après une pause de vingt  minutes, la troupe revient, plus élargie, pour présenter le drame de Courrières qui a eu lieu le 10 mars 1906, lorsque plus de 1 000 mineurs ne sont  jamais plus remontés de leurs fosses à charbon. Vêtue d'un fourreau noir couleur charbonneux et tel un vautour déployant ses longs bras, la Pietra augure la vie de ces pauvres ouvriers.
S'ouvrant sur une musique du compositeur américain Samuel Barber , l'Adagio à cordes, cette marche funèbre met en scène les corps lourds et pesants de ces mineurs désenchantés qui deviendront des machines humaines désarticulées.
Musique électronique Clair obscur, des airs de Gorecki et Barber, tintinnabules de l'Estonien Arvo Pärt se mélangent aux diverses écritures chorégraphiques (hip-hop, ballet, butô...), Conditions humaines montre les tensions des corps, le travail au quotidien. Mais entre lanternes et accordéon, ce sont aussi des scènes du couple qui sont peintes. Inspiré de récits d'anciens mineurs (Pietragalla et Derouault ont écouté les histoires des gueules noires), dans un superbe tableau fortement applaudi, ce ballet, répétant le mouvement à l'extrême pour le rendre mécanique, dépasse les limites de la mine pour atteindre la dimension humaine et parler de la place de l'homme dans la société face à la machine et à l'argent. Un tableau qui se termine en apothéose. La danseuse devient soudain scribe, pour tracer d'une craie blanche les stigmates et la marche du temps.

Il y a quelques années, elle avait dansé en solo dans la cour intérieure de Beiteddine. L'ex-étoile de l'Opéra de Paris, qui s'est associée  depuis à Julien Derouault, ancien danseur du Ballet national de Marseille, pour fonder Pietragalla Compagnie, est revenue cette fois invitée par le We Group  et a présenté un  fabuleux double programme empreint de novation et d'humanité.  Pour Pietragalla, la danse est « l'art de tous les maux qui ne peuvent se dire » ; un art premier qui se suffit à lui-même, mais féconde aussi tous les autres. Dans son spectacle, arts scéniques, humour, écriture, textes poétiques, dessin et projections vidéos se succèdent et fusionnent...
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