L'affaire est loin d'être anecdotique, et la disparition de ces petites butineuses sera sans nul doute catastrophique pour les humains, plus que l'extinction de toute autre espèce : en effet, non moins de 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Il n'est pas étonnant que les scientifiques soient si préoccupés...
Ceux-ci donnent au phénomène de disparition des abeilles le nom d'effondrement, ou de « syndrome de Marie-Hélène », du nom de ce navire dont l'équipage s'était volatilisé en 1872. Car, tout simplement, les abeilles se volatilisent, elles disparaissent, désertant leur ruche et leur élevage. Des chiffres éloquents sont cités par une étude de l'ONG ISIS, basée à Londres : 60 à 90 % des abeilles volatilisées aux États-Unis, 1,5 million de colonies estimées disparues, 40 % de ruches manquantes au Québec, un quart de colonies décimées en Allemagne, une vraie catastrophe qui se prépare en Espagne, qui craint que 50 % de ses ruches ne soient contaminées...
Les causes ? Les scientifiques commencent à pointer du doigt les pesticides systémiques, ces produits qui pénètrent dans toute la plante jusqu'au pollen, et que les abeilles ramènent dans leur ruche avant de s'empoisonner. Les experts mettent de plus en plus en cause l'interaction entre des champignons parasites, utilisés dans la lutte biologique, et certains pesticides, une interaction qui provoquerait la mort des abeilles. Aujourd'hui, un cri d'alarme est lancé pour interdire cette nouvelle génération de pesticides systémiques, sous peine de causer un tort irrévocable non seulement aux populations d'abeilles, mais aussi à l'espèce humaine tout entière.
Les abeilles sont apparues sur terre 60 millions d'années avant les humains, elles ont accompagné ceux-ci durant des milliers d'années. Ne faudra-t-il à l'industrie chimique que quelques années pour aboutir à leur extinction si aucune action immédiate n'est entreprise ? D'ailleurs, au Liban, y a-t-il un contrôle quelconque sur les pesticides utilisés, qu'ils soient systémiques ou dangereux pour d'autres raisons ?
Il y a cinquante ans, Albert Einstein disait : « Si l'abeille disparaissait du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre. » Si l'extinction des espèces animales et végétales n'émeut pas toujours les hommes, peut-être qu'un destin commun avec les butineuses les poussera à l'action.


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