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Moyen Orient et Monde - Interview

« Ce scrutin marque le début du défi

Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'IFRI et spécialiste de l'Afrique du Sud, analyse les élections sud-africaines.
Q - Depuis la fin de l'apartheid, l'ANC a toujours remporté la majorité des voix lors des élections générales. Or, avec un taux de chômage frôlant les 40 %, 43 % de la population vivant avec moins de deux dollars par jour, des services publics (hôpitaux, écoles..) limités, la situation économique et sociale de l'Afrique du Sud reste précaire. Comment expliquez-vous que cette situation n'entame pas la popularité de l'ANC ?
R - « Vous pouvez ne pas avoir confiance dans un parti et garder une certaine loyauté nostalgique envers ce parti. Il ne faut pas oublier que l'ANC est le parti qui a mis fin à l'apartheid et que c'est le parti de Nelson Mandela. Par ailleurs, Jacob Zuma est populaire dans les townships, ce qui est un changement par rapport à avant. Enfin, on peut être mécontent du gouvernement, mais ne pas avoir d'alternative. Aujourd'hui, en Afrique du Sud, les alternatives ne sont pas encore très séduisantes. »

Q - Durant la campagne, différents partis de l'opposition ont mis en garde contre les répercussions d'une victoire massive de l'ANC et de Zuma, qui a été accusé de viol et de corruption. Certains partis ont notamment mis en garde contre un glissement vers une dictature en cas de victoire de Zuma. Quel pourrait être l'impact de la victoire de Zuma sur la jeune démocratie sud-africaine ?
R - « Durant une campagne, il est normal que l'on diabolise ses adversaires. En la matière, l'Alliance démocratique a joué cette carte en lançant une campagne « stop Zuma », qui faisait de Zuma une cible très directe. Il est possible que l'ANC ait des velléités de modification de la Constitution, mais si inflexion il y a, ce sera plutôt vers une démocratie populiste à la sud-américaine que vers l'établissement d'une dictature. Les institutions démocratiques sud-africaines sont tout de même solidement installées. »

Q- Zuma a-t-il réellement un programme clair pour relever, économiquement et socialement, l'Afrique du Sud ?
R - « Durant la campagne, l'ANC a publié son manifeste. Le programme de Jacob Zuma est plus social, mais on ne peut parler d'un réel virage social. Ce programme comprend notamment l'établissement d'un système national d'assurance-santé, la gratuité totale dans 60 % des écoles et l'accélération de la redistribution des terres. Ce programme prône également, mais ceci n'est pas nouveau, plus d'interventionnisme dans l'économie. Globalement, en matière d'économie, Zuma reste dans l'orthodoxie de tout ce qui a été dit depuis 10 ans en Afrique du Sud. »

Q - L'Afrique du Sud est un grand acteur régional, impliqué dans la résolution de nombreuses crises africaines. Quel type de leader régional Zuma pourrait-il être ?
R - « Jacob Zuma a été initié aux Affaires étrangères quand il était le vice-président de Thabo Mbeki. Il s'est déjà exprimé sur le Zimbabwe, avec des positions anti-Mugabe, et a participé aux pourparlers de paix au Burundi. Thabo Mbeki aimait beaucoup les questions d'affaires étrangères et de diplomatie. Il est possible que Zuma s'y intéresse moins. Mais la diplomatie sud-africaine est sur des rails bien définis, et je doute que nous assistions avec Zuma à un changement majeur. »

Q - Globalement, l'élection de Zuma ne devrait donc pas changer grand-chose...
R - « La victoire de Zuma en elle-même n'a pas beaucoup de signification. Mais cette élection est très importante en ce qui concerne l'émergence ou non de partis autres que l'ANC, avec notamment la participation à des élections, pour la première fois, d'un autre parti africain, le COPE (Congrès du peuple, formé en décembre par des dissidents de l'ANC, NDLR). Cette élection marque le début du défi à l'ANC, elle va permettre de déterminer si l'Afrique du Sud pourrait être prête, pour le scrutin de 2014, à l'éventualité d'une alternance politique. En fonction des résultats du COPE, le scrutin de 2014 pourrait être crucial. »

* Thierry Vircoulon est l'auteur de L'Afrique du Sud démocratique ou la réinvention d'une nation, L'Harmattan, 2004
Q - Depuis la fin de l'apartheid, l'ANC a toujours remporté la majorité des voix lors des élections générales. Or, avec un taux de chômage frôlant les 40 %, 43 % de la population vivant avec moins de deux dollars par jour, des services publics (hôpitaux, écoles..) limités, la situation économique et sociale de l'Afrique du Sud reste précaire. Comment expliquez-vous que cette situation n'entame pas la popularité de l'ANC ?R - « Vous pouvez ne pas avoir confiance dans un parti et garder une certaine loyauté nostalgique envers ce parti. Il ne faut pas oublier que l'ANC est le parti qui a mis fin à l'apartheid et que c'est le parti de Nelson Mandela. Par ailleurs, Jacob Zuma est populaire dans les townships, ce qui...
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