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Liban - Universités

Quand des étudiants jouent le rôle de négociateurs internationaux

Hier, au centre-ville, des représentants de pays du pourtour méditerranéen, mais aussi d'autres régions du monde, débattaient avec passion de l'environnement en Euromed. Un congrès international se tient-il actuellement à Beyrouth ? Il s'agit en fait d'une simulation de négociations menée par des étudiants de Master, plus vraie que nature.
Le texte dont certains articles étaient discutés hier pour un éventuel amendement s'appelle « Accord de Beyrouth sur la préservation des ressources et la prévention des crises environnementales dans la zone euro-méditerranéenne ». Les représentants des pays ne sont autres que des étudiants en Master de diplomatie et négociations stratégiques de l'Université Paris-Sud 11, dirigé par Sélim el-Sayegh, et des étudiants du programme Cadmos de l'Université La Sagesse. L'événement, sponsorisé par L'Orient-Le Jour, est organisé par ces deux universités en collaboration avec d'autres partenaires, sous l'égide du Conseil économique et social dans les locaux duquel les « négociations » ont eu lieu hier et se poursuivront aujourd'hui. Le même conseil qui avait accueilli les réunions du Conseil des ministres durant deux ans, d'où la symbolique du lieu.
Le sujet porte sur le thème de l'année du Master, c'est-à-dire l'environnement en Euromed, avec une insistance sur quatre thèmes qui sont l'énergie, l'eau, le transport maritime et la gestion des catastrophes naturelles. Le document de travail discuté provient des efforts fournis par quatre groupes de travail au courant de l'année, qui se sont regroupés dans une assemblée plénière pour l'amendement de certains articles. Les deux sessions qui se déroulent à Beyrouth sont en fait les deux dernières simulations de négociations, à l'issue desquelles des experts dans les quatre domaines précités viendront évaluer le travail des étudiants. Le but ultime de la manœuvre sera de mettre le texte final à la disposition des professionnels.

Un « incident diplomatique »
Hier donc, au Conseil économique et social, tous les éléments d'une véritable négociation étaient réunis : un panel de représentants de la présidence de l'Union européenne (UE) et du secrétariat général qui dirigent le débat, des représentants de pays (pas toujours correspondant à la nationalité de l'étudiant) venus défendre les intérêts de ces nations, un représentant de la société civile, des discussions parfois enflammées... Un débat si réel, d'ailleurs, qu'un « incident diplomatique » a éclaté dans l'après-midi, au cours duquel les « pays arabes » ont claqué la porte pour protester contre « une proposition des États-Unis qui soutenaient implicitement Israël ».
Pour ces étudiants, quel intérêt de participer à une telle simulation ? « Il y a plusieurs points intéressants, souligne Hubert Fabre, chargé de cours à Paris-Sud 11. Tout d'abord ils participent à une négociation portant sur des thèmes innovants et d'actualité. Ce sont des étudiants de différentes nationalités qui se retrouvent, qu'ils viennent de France ou qu'ils soient à l'Université La Sagesse, et qui confrontent leurs points de vue sur ces sujets, traités suivant les intérêts du pays qu'ils représentent. C'est un jeu de rôles dans lequel ils doivent respecter les véritables données diplomatiques et les enjeux importants pour chacun des États. »
Les étudiants à qui on a confié la représentation d'un État donné ont créé des dossiers sur ces pays, précise-t-il. Qu'en est-il de cet « Accord de Beyrouth » ? « C'est certainement un accord beaucoup plus innovant que ce qui se passe en réalité, souligne M. Fabre. Il se fait dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée (UPM). Or l'UPM avance pas à pas, mais plutôt à petit pas. Ici, comme les négociations se déroulent dans un cadre estudiantin, elles vont un peu plus loin, mais ces étudiants se heurtent quand même aux enjeux de l'UPM, avec leurs intérêts divergents, notamment en matière d'environnement. » Outre les États membres de l'UPM, il précise qu'il y a des pays « invités » pour leur importance diplomatique comme les États-Unis et le Canada, mais aussi le Qatar et l'Arabie saoudite.
Pour ce qui est des débouchés de ce genre de Master, M. Fabre précise que les étudiants se dirigent le plus souvent vers la diplomatie, vers le commerce international, et dans tous les secteurs où des négociations sont nécessaires.

Un « laboratoire » pour idées créatives
Malik Rihani, chef de projet pédagogique et chargé d'enseignement au Master du programme Cadmos, parle de la formation qu'il donne aux étudiants. « Ils apprennent comment poser les bonnes questions, comment écouter l'autre, s'intéresser à lui, dit-il. On leur inculque aussi des techniques comportementales. J'essaie de leur apporter la vision d'une personne travaillant dans une entreprise, qui est différente de celle de l'université. Il faut qu'ils aient confiance en eux et conscience qu'ils ont une valeur, avant d'aller vendre des idées ou faire des propositions. Ils doivent apprendre à accepter les observations des autres, leurs critiques, les prendre de manière positive, pas personnelle. »
Interrogé sur la simulation en cours, M. Rihani estime que « les étudiants sont en train de découvrir ce qu'est une négociation, et ils doivent encore être rodés aux techniques, mais il vont acquérir les mécanismes au cours de ce processus ». Il précise qu'une telle simulation « plonge les étudiants dans une semi-réalité, c'est un laboratoire, et on leur demande d'être créatifs, de trouver des solutions originales, nouvelles ».
Les étudiants, eux, se prennent au jeu. Joy Homsi représente le Liban, dont il est issu d'ailleurs. Que va lui apporter cette expérience ? « Personnellement, cela me permettra de mieux peser mes mots, et de réfléchir aux concessions que je dois faire, répond-il. De par nature, je n'aime pas les concessions, mais j'ai appris que sans elles, pas de gains. » Il parle d'« acquérir des compétences en diplomatie », de « faire appel à d'autres États pour obtenir leur soutien, direct ou indirect ». « Il faut aussi oublier son ego et rester concentré sur les intérêts de l'État qu'on représente, ajoute Joy. Dans mon action pour le Liban, j'étais à la base de l'adoption de certains articles dans cet accord, notamment celui portant sur la Communauté euro-méditerranéenne pour l'énergie. »
Hu Bing, lui, est un étudiant chinois du Master, mais il représente l'Algérie dans les négociations. Participer à cette simulation de négociations à Beyrouth a été pour lui « un très bon exercice pour la mise en pratique de ce qui a été appris à Paris ». Le fait que cela ait lieu à Beyrouth « est très significatif, parce que c'est un carrefour entre les trois continents, et qu'on a l'occasion de constater les différences de cultures, et de mieux entrer dans le rôle qu'on joue », dit-il. Quelle difficulté de représenter un pays si différent du sien ? « Le plus difficile est d'avoir une idée précise de la situation là-bas, en relativement peu de temps », précise-t-il.
Représenter le Vatican, ce n'est pas exactement pareil que de représenter un autre État. Thierry Le Bœuf, étudiant français, dit avoir été attiré par cette mission « qui est plus un rôle de médiateur, de négociations de couloirs, avec d'une part un discours spirituel sur des sujets matériels, et d'autre part une occasion de jouer un rôle actif dans l'ombre ». Concrètement, « cette année nous a permis de nous accomplir personnellement, de mieux nous exprimer en public », dit-il. Il ajoute : « On se rend compte des difficultés et on s'aperçoit qu'il faut être conciliant en permanence, ce qui est difficile. Il faut éviter de négocier sur des positions, mais analyser les intérêts de l'autre pour pouvoir trouver une position commune, sans perdre de vue les intérêts qu'on défend. »
Yuki Hirotani a la chance de représenter son propre pays, le Japon. Il dit avoir trouvé très intéressant « de discuter d'environnement avec des partenaires européens et méditerranéens, parce qu'on n'a pas souvent l'occasion de le faire ». « Pourtant, l'enjeu environnemental est global, mais il y a des différences de méthodes pour un même objectif de protection de la planète, constate-t-il. Il faut trouver les compromis pour ne pas freiner le processus de protection de l'environnement, et définir le rôle que peuvent jouer les pays asiatiques, notamment le Japon. »

Le texte dont certains articles étaient discutés hier pour un éventuel amendement s'appelle « Accord de Beyrouth sur la préservation des ressources et la prévention des crises environnementales dans la zone euro-méditerranéenne ». Les représentants des pays ne sont autres que des étudiants en Master de diplomatie et négociations stratégiques de l'Université Paris-Sud 11, dirigé par Sélim el-Sayegh, et des étudiants du programme Cadmos de l'Université La Sagesse. L'événement, sponsorisé par L'Orient-Le Jour, est organisé par ces deux universités en collaboration avec d'autres partenaires, sous l'égide du Conseil économique et social dans les locaux duquel les...
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