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Liban - Analyse

Business as usual

« Boucle-la et vote » ! La campagne électorale ne fait pas dans la dentelle. Ou plutôt si. Les électrices libanaises savent à présent à quoi s'en tenir : elles sont sommées d'être belles, puis d'aller voter.
Pour les hommes, c'est différent. On ne leur demande pas d'être beaux, eux. Seulement de ne pas se casser la tête pour chercher à démêler le vrai du faux. On a décidé pour eux.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la campagne publicitaire actuelle du CPL est, sur le plan formel, d'une audace sans précédent au Liban. Que le prix en soit un saccage supplémentaire de notre littoral, déjà suffisamment éreinté par toutes sortes de réclames ostentatoires en hommage à telle danseuse du ventre, tel chanteur à la mine patibulaire et telle marque de culottes, ne semble pas déranger grand monde.
Mais au-delà de l'agression visuelle, ce qui frappe dans cette campagne, c'est qu'elle reflète un défaut très commun au Liban, à savoir cette fâcheuse tendance à singer la culture occidentale dans ce qu'elle a d'apparent, de superficiel, et à en ignorer totalement le fond.
Il est vrai que, même en Occident, les arguments publicitaires utilisés dans les campagnes électorales volent rarement très haut. Mais, tout de même, qu'une formation qui prétend incarner une volonté de réforme - et le statut légal de la femme libanaise en a bien besoin - en arrive à traiter les électrices avec tant de désinvolture juste pour dire qu'on a fait un jeu de mots au goût douteux, en dit long sur le sérieux de ce courant.
Du côté du 14 Mars, c'est - jusqu'ici - le désert absolu, à l'exception de quelques désolantes platitudes, signées par tel ou tel parti membre de la coalition. On est loin, très loin, de la fertile créativité de l'hiver et du printemps 2005, lorsque chaque manifestation au centre-ville s'accompagnait d'un formidable déploiement de talents jeunes en matière d'expression, de slogans et de choix des symboles.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si cet assèchement touche uniquement à la capacité du 14 Mars de produire une littérature de propagande plus ou moins conséquente ou bien s'il atteint plus profondément les structures et la raison d'être de l'alliance.
Nombre d'observateurs pensent avoir déjà la réponse à cette question et annoncent dès à présent des renversements d'alliances au lendemain des élections du 7 juin.
Tout est possible, bien entendu. Mais à plus d'un mois d'un scrutin qui continue, bon gré mal gré, de revêtir une importance cruciale, ne serait-ce que pour déterminer la forme et les orientations premières du futur gouvernement, il semble hasardeux de se prononcer à ce sujet de manière définitive.
On peut, en effet, s'attendre à ce que les prochaines semaines voient un durcissement de la bataille frontale entre les deux camps en présence, une fois passé le cap de la formation des listes et de ses inévitables rancœurs latérales. Cela aurait pour effet de remettre à flot le clivage politique fondamental dans le pays et, partant, de relativiser l'impact de la « pacification » instaurée par l'accord de Doha, rendant ainsi plus difficile toute mutation importante dans un avenir proche.
D'autre part, s'il est vrai que pour de nombreux observateurs, y compris dans les milieux diplomatiques, les résultats des élections s'annoncent au coude-à-coude, on sait néanmoins combien les instruments de sondage au Liban demeurent imprécis et approximatifs. Et la configuration actuelle dans certaines circonscriptions (chrétiennes) fait qu'il suffit de quelques milliers de voix au total pour faire basculer une bonne vingtaine de sièges, sinon davantage, dans un sens ou dans l'autre.
Or pour le vainqueur, quel qu'il soit, le lendemain du scrutin ne sera pas le même selon qu'il aura remporté une majorité étriquée ou, au contraire, confortable. Pour le 14 Mars et ses alliés, par exemple, ce ne serait pas le même futur Premier ministre (dans le premier cas, ce pourrait être Nagib Mikati, dans l'autre, Saad Hariri) ni donc la même politique à l'égard du Hezbollah et de la Syrie.
Les nécessités de la campagne et la nature particulière du scrutin, qui se joue presque exclusivement dans les régions chrétiennes ou à majorité chrétienne, a naturellement provoqué des tiraillements entre les piliers du 14 Mars, dans la mesure où chacun d'eux a des priorités immédiates différentes de celles des autres.
Mais à ce stade, il est difficile de prédire si ces tiraillements mèneront à la rupture ou non. Si l'on prend par exemple le cas de Walid Joumblatt, dont beaucoup s'empressent aujourd'hui d'annoncer le très prochain retournement de veste, on constate qu'au-delà de ses rodomontades en direction de ses alliés (et de ses écarts de langage), il continue dans ses interventions d'évoquer des thèmes comme la révolution du Cèdre et l'accord d'armistice avec Israël. On observe aussi qu'en dépit de ses manifestations d'humeur, il a entériné la décision de remplacer Antoine Andraos par un candidat Kataëb à Aley, Fady Habre, et Abdallah Farhat par le PNL Élias Abou Assi à Baabda.
De l'autre côté de l'échiquier, les tiraillements électoraux sont aussi manifestes et opposent principalement le CPL au mouvement Amal, et accessoirement le premier au PSNS. Quant au Hezbollah, il prend soin de demeurer au-dessus de la mêlée, jouant les médiateurs qui, à l'occasion, n'hésitent pas à payer de leur poche pour arrondir les angles. Mais cela tient à la nature même de ce parti et à sa stratégie qui n'est pas sans rappeler celle qu'adoptait jadis le Parti communiste dans certains pays occidentaux, notamment en Espagne durant la guerre civile : mettre toujours en avant ses alliés et ne pas avoir de grandes exigences ministérielles, tout en s'efforçant de contrôler par le bas les leviers du pouvoir.
Il reste que ces élections ont déjà fait une victime importante au sein du 14 Mars : sa composante non partisane. On comprend que les nécessités de la bataille électorale imposent de choisir des candidats à même de répondre au défi posé par le camp adverse, celui de mobiliser le plus grand nombre. Et qu'il faille pour cela préférer des candidats... disons plus « populaires » (mais aussi plus populistes), à une intelligentsia incapable de se laisser aller à la pratique de la démagogie ambiante.
Mais il ne faut pas oublier qu'aussi fondamental qu'ait été le rôle des partis dans la révolution du Cèdre, cette intelligentsia en fut et en restera à jamais l'âme vivante.
S'il faut savoir gagner des élections, il faut aussi savoir préserver son âme.

« Boucle-la et vote » ! La campagne électorale ne fait pas dans la dentelle. Ou plutôt si. Les électrices libanaises savent à présent à quoi s'en tenir : elles sont sommées d'être belles, puis d'aller voter.Pour les hommes, c'est différent. On ne leur demande pas d'être beaux, eux. Seulement de ne pas se casser la tête pour chercher à démêler le vrai du faux. On a décidé pour eux. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la campagne publicitaire actuelle du CPL est, sur le plan formel, d'une audace sans précédent au Liban. Que le prix en soit un saccage supplémentaire de notre littoral, déjà suffisamment éreinté par toutes sortes de réclames...
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