Deuxième événement mondial le plus couvert par les médias après les Jeux olympiques, le Festival de Cannes (13-24 mai) sera certes moins affecté que d'autres. Son président, Gilles Jacob, assure à l'AFP que les partenaires privés du festival sont là au complet, une « consolidation » qui « tombe à pic au moment où des subventions publiques s'évaporent », dit-il. Le ministère français des Affaires étrangères a ainsi supprimé sa subvention de 72 000 euros en raison du « contexte budgétaire » et de la priorité donnée au « soutien à la production et à la diffusion des cinémas du Sud ».
Côté hôtellerie, l'hôtel Martinez est complet depuis février pour la durée du festival, y compris pour la plus belle suite de ce palace Art déco (36 000 euros la nuit pendant le festival), selon son directeur Richard Schilling. Mais globalement, les hôteliers ont dû s'adapter à la baisse de la demande. Si plus de 70 % d'entre eux ont maintenu leurs tarifs par rapport à 2008 (25 à 30 % les augmentant), des établissements qui exigeaient des réservations d'une durée minimale de douze jours ont accepté des forfaits cinq jours.
Au port de Cannes, « la tendance est très bonne » et les 60 places pour les yachts de 30 à 60 mètres sont déjà réservées, a déclaré à l'AFP le directeur, Steve Perrone. Les demandes de location de yachts sont cependant en nette baisse, selon un loueur.
Groupes de luxe et sociétés de production, y compris les majors américaines, seront présents, mais plus sobrement. « Cette année, les sociétés ont limité le nombre de personnes qui viennent à Cannes et la durée de leur séjour », note M. Chevillon. Le coiffeur « officiel » du festival, Jacques Dessange, n'emmènera que 15 employés au lieu de 20 en 2008 et réduira son budget de 10 à 20 %. Le géant des cosmétiques L'Oréal a supprimé sa campagne de publicité devant l'hôtel Martinez où il descendra malgré tout avec ses ambassadrices.
La réduction de la voilure risque d'être plus visible au niveau des fêtes privées. La discothèque Jimmyz a dû trouver d'autres sponsors, après avoir été lâchée par ses deux partenaires habituels Fendi (mode) et Swarovski (cristaux) « en raison de la crise », dit sa productrice Albane Cléret. Swarovski répond que « l'implication dans ce projet n'était plus en lien » avec sa stratégie de marque. Michel Ernest, un des traiteurs « historiques » du festival, ressent les effets de la crise. Si ses clients, comme les distributeurs UGC ou Gaumont, n'ont pas baissé leur budget communication, des structures plus petites « semblent bloquées » financièrement. « Cette année, on me demande davantage de menus avec pissaladière (une spécialité provençale bon marché) qu'avec foie gras », remarque-t-il, notant un regain d'intérêt pour le vin rosé au détriment du champagne. Outre de vraies difficultés financières, certaines sociétés « estiment qu'il ne fait pas bon montrer qu'on est riche, alors le "hip", c'est communiquer cacahuète », dit ce traiteur.
Dans le monde anglo-saxon, « certains craignent une mauvaise image en se rendant dans un endroit symbole de richesse », indique à l'AFP le premier adjoint à la mairie de Cannes, David Lissnard. Ainsi, le magazine américain Vanity Fair, célèbre pour sa « party » fréquentée par les stars, fait l'impasse cette année. Pour Gilles Jacob, « la fréquentation risque d'enregistrer une érosion légère pour la première fois depuis plusieurs années. Ceux qui se plaignaient d'une trop forte affluence s'en féliciteront-ils ? » Les films, eux, sont toujours plus nombreux, alors, « comme disent les Anglo-Saxons qui constatent comme nous que le cinéma en salle marche bien : « Business as usual », conclut-il.

