Le problème est profond. Il est ancré dans la société libanaise de la guerre, celle qui n'a pas réussi à vivre dans la coexistence durant les conflits, celle qui a fui l'autre avec ses différences, celle qui s'est « ghettoïsée » durant les conflits, celle qui s'est emmurée dans ses croyances et ses convictions.
Il est aussi ancré dans la société de l'après-guerre, dans cette jeunesse qui a grandi séparément, dans des écoles communautaires en nombre grandissant partout dans le pays, ou avec la haine de l'autre, pourtant de la même communauté, ignorante de cet autre avec ses différences, peu curieuse de dépasser les barrières dressées par la génération de la guerre.
Le résultat est là, consternant. Les jeunes d'Achrafieh vivent dans leur petite bulle dorée, ceux de la banlieue sud grandissent eux aussi en cercle fermé. Idem de la jeunesse de Verdun, ou même, à plus grande échelle, de celle de tout le Liban, où chacun se renferme de plus en plus sur soi.
Lorsqu'ils se rencontrent à l'université, pour la première fois pour certains, c'est la peur au ventre et emplis d'un tas de préjugés. Leurs appartenances claniques et communautaires prennent le dessus, leurs sympathies partisanes aussi. Ils ne réussissent pas ou ne prennent même pas la peine de découvrir l'autre, de s'ouvrir sur lui, de chercher à le comprendre ou à l'accepter. Les conflits permanents entre étudiants sont malheureusement là pour le prouver. Conflits qui se manifestent d'abord sous forme de propos humiliants et injurieux, et qui se terminent parfois en véritables batailles rangées. Conflits exacerbés par les discours enflammés des chefs politiques et communautaires qu'ils suivent aveuglément sans le moindre esprit critique.
Fort heureusement, au milieu de ces ghettos communautaires, quelques écoles publiques, quelques lycées laïques vont à contre-courant, brassant les élèves dans toutes leurs disparités, prônant la coexistence pacifique. Tout aussi louables sont les initiatives de certaines associations, qui, pour faire face aux divisions partisanes des jeunes, organisent des camps d'été, des sessions de dialogue, des actions humanitaires et autres activités.
Mais à l'heure où le repli sur soi-même prend des proportions dramatiques, n'est-il pas urgent que ces initiatives se multiplient et se généralisent pour toucher la masse dans son ensemble, pour impliquer surtout la nouvelle génération, si sensible aux appels de ses chefs à la mobilisation ?


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