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Économie - Interview

Crise financière : Pékin assumera sa responsabilité et apportera sa contribution

La Chine reste un pays en voie de développement qui n'a pas encore achevé son industrialisation, admet Liu Zhiming.
Quand la Chine s'éveillera-t-elle ? Plus que jamais cette question est d'actualité, alors que la puissance économique de ce pays se confirme sur la scène internationale suite à la dernière crise financière mondiale.
Selon Liu Zhiming, ambassadeur de Chine au Liban, cette crise a affecté son pays « dans la mesure où elle a diminué nos exportations. L'économie chinoise dépend beaucoup de ces exportations à hauteur de 38 % de la production du pays. Beaucoup d'usines ont perdu leurs bons de commande, donc des millions d'ouvriers ont été réduits au chômage », affirme-t-il.
Mis à part ce problème, « la Chine n'a pas de crise financière, parce que son système bancaire est solide, alors que les créances douteuses de ces banques ne représentent que 2,5 %. Toutes les banques sont donc solvables. À en juger par leurs valeurs en Bourse, les trois premières banques mondiales sont chinoises maintenant », ajoute-t-il.
De plus, la Chine n'a pas un déficit budgétaire important. « Il y a deux ans encore, notre budget était excédentaire. Cette année nous aurons 900 milliards de yuans de déficit, qui ne représente même pas 3 % du PIB, alors que la dette publique chinoise ne représente que 20 % du PIB », affirme Liu Zhiming. La Chine a par ailleurs suffisamment de liquidité parce que le taux d'épargne des Chinois est très élevé.
Malgré la santé presque insolente de l'économie chinoise, Pékin a déclenché un plan de relance audacieux d'une valeur de 4 000 milliards de yuans (près de 586 milliards de dollars), sur deux ans. « Proportionnellement, le plan est plus important que le plan de relance américain car il représente 16 % du PIB chinois », affirme le diplomate.
Ce plan ambitionne d'abord de résoudre le problème du chômage qui menace la stabilité sociale, affirme l'ambassadeur chinois. Il vise ensuite le développement durable de l'économie chinoise.
Le premier objectif de ce plan est la réduction de la dépendance chinoise vis-à-vis des exportations en augmentant la consommation intérieure. Le deuxième objectif est la restructuration de l'industrie en donnant la priorité à dix secteurs, tels que l'automobile, la pétrochimie, le textile, etc., en leur accordant des facilités de prêts. Ce plan consiste également à renforcer les recherches afin d'encourager les innovations.
« Nous exportons beaucoup de marchandises dont une grande partie est de marque étrangère. La Chine est dans une large mesure un sous-traitant. Il faut en finir avec cette situation en élevant le niveau technique de nos industries », affirme l'ambassadeur chinois.
Ce dernier dénonce d'autre part la contrefaçon, affirmant qu'elle est contraire à la politique du gouvernement chinois. « Il n'est pas dans l'intérêt de la Chine d'encourager la contrefaçon, car elle démotive l'innovation », insiste l'ambassadeur.
Quant à l'existence de certains produits toxiques, Liu Zhiming affirme que « c'est souvent des jouets conçu par des étrangers. Les usines chinoises n'ont fait que sous-traiter d'après leur recette ». Concernant par ailleurs le scandale du lait frelaté, le diplomate chinois admet « la responsabilité de certains Chinois qui ont déjà été sévèrement punis ».
Dans ce contexte, Liu Zhiming assure que le gouvernement chinois a pris toute une série de mesures pour combattre la médiocrité des produits et la contrefaçon. « Il reste en la matière un long chemin à parcourir, puisque l'industrialisation de la Chine n'a fait que commencer il y a quelques décennies », affirme le diplomate.
Le quatrième volet du plan de relance vise à assurer la protection sociale à tous les Chinois de manière à réduire leurs charges financières. Il comprend notamment la réforme du secteur de la santé publique, surtout le rôle des hôpitaux publics, des mutuelles et le prix des médicaments. Le gouvernement chinois vise ainsi à payer lui-même une partie des charges incombant aux citoyens, en augmentant autant que possible le pourcentage du remboursement.
« Nous sommes le pays le plus peuplé du monde, et nous sommes partis de peu. Même si nous avons un système communiste, il faut avoir les moyens, et à cet égard, la Chine a fait des progrès spectaculaires », déclare fièrement Liu Zhiming. Malgré tout, la Chine reste un pays en voie de développement avec 1,3 milliard de Chinois, dont plus de la moitié sont toujours des paysans.
Le secteur de l'éducation est par ailleurs visé par les réformes du gouvernement qui a décidé de rendre l'éducation obligatoire gratuite dans tout le pays. Selon l'ambassadeur chinois, ces mesures sont très importantes pour faire démarrer la consommation, surtout à la campagne. « Il est vrai que les Chinois épargnent beaucoup - près de 46 % de leurs revenus. Il s'agit d'abord d'un phénomène lié à la culture et aux traditions du pays, mais aussi à cause des soucis pour le lendemain d'une population encore pauvre. Pour ce faire, l'État va subventionner l'achat par les paysans des machines agricoles, des semences, etc. »
D'autre part, la Chine joue de plus en plus un rôle prépondérant sur le plan international, surtout parmi les pays en voie de développement. Durant le dernier sommet du G20 à Londres, Pékin a insisté d'abord sur la nécessité de stabiliser le marché financier, puis il a préconisé de prendre toutes les mesures nécessaires pour relancer l'économie. « Nous sommes avec la coopération, avec une relance concertée », affirme Liu Zhiming, s'attaquant ensuite au protectionnisme. Enfin, la Chine a recommandé la réforme progressive du système financier international, en améliorant sa gouvernance et en augmentant la représentativité et le droit à la décision des pays en voie de développement.
Les Chinois ont proposé en outre une réforme graduelle du système monétaire mondial en le diversifiant et en le rationalisant.
Liu Zhiming estime d'autre part que certains analystes exagèrent « la montée en puissance de la Chine ». « Pékin est tout à fait conscient de son retard et de sa faiblesse. » Selon lui, le poids accordé actuellement à la Chine est probablement dû au fait que ce pays est le premier créancier des États-Unis.
Quel rôle jouera la Chine à l'avenir ? « Malgré tous les succès accomplis, la Chine reste un pays en voie de développement, qui n'a pas encore achevé son industrialisation », admet Liu Zhiming.
Même si la puissance globale de la Chine a augmenté, une fois divisée par 1,3 milliard, il ne reste plus grand-chose, affirme, amusé, l'ambassadeur chinois. Le PIB par habitant ne s'élève qu'à 3 200 dollars en 2008, alors qu'aux États-Unis, le PIB par habitant est de 44 000 dollars. « Voyez le chemin qu'il nous reste encore à parcourir. »
« Mais la Chine, en tant que troisième puissance économique, pays le plus peuplé du monde, membre permanent du Conseil de sécurité, assumera sa responsabilité et apportera sa contribution. Une position qu'elle continuera d'adopter à l'avenir », conclut modestement Liu Zhiming.
Quand la Chine s'éveillera-t-elle ? Plus que jamais cette question est d'actualité, alors que la puissance économique de ce pays se confirme sur la scène internationale suite à la dernière crise financière mondiale.Selon Liu Zhiming, ambassadeur de Chine au Liban, cette crise a affecté son pays « dans la mesure où elle a diminué nos exportations. L'économie chinoise dépend beaucoup de ces exportations à hauteur de 38 % de la production du pays. Beaucoup d'usines ont perdu leurs bons de commande, donc des millions d'ouvriers ont été réduits au chômage », affirme-t-il.Mis à part ce problème, « la Chine n'a pas de crise financière, parce que son système...
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