Dès lors, faisant écho à de nombreux observateurs, les loyalistes s'attendent à des retombées de nature électorale dans les régions sensibles, en pays chrétien, au Nord ou dans la Békaa, où le Hezb soutient la bataille d'alliés plus ou moins en difficulté. Selon des sources proches du Hezb, Le Caire s'est mis en tête de lui rogner les ailes, choisissant de révéler l'arrestation de Chehab, qui date de plusieurs mois, au moment où la campagne des législatives libanaises commence à prendre fâcheuse tournure pour les loyalistes amis de Moubarak, selon ces sources.
On note, en tout cas, que l'Égypte, loin d'accepter la détente avec l'Iran concédée par l'Arabie saoudite dans le cadre du rabibochage avec la Syrie, ouvre violemment le feu sur cette puissance non arabe. Pour son propre compte, mais également, semble-t-il, parce que Bahreïn et le Yémen s'inquiètent de l'activisme, chez eux, de cellules pro-iraniennes animées par des agents du Hezbollah. Parti qui est dès lors ciblé comme étant encore plus un instrument au service de l'Iran qu'un bras armé de lutte contre Israël. Ce dont le parti de Dieu se défend, ne cessant d'affirmer que son seul objectif est la libération et qu'il ne vise aucun régime arabe. Sans apparemment convaincre, d'où l'offensive dont il fait l'objet, les Occidentaux convenant de leur côté qu'il doit se contenter d'être un parti politique civil libanais. Ce que même Londres, qui annonce vouloir dialoguer avec son aile politique, souligne.
Pour beaucoup d'analystes, l'ouverture du dossier du Hezbollah, en tant qu'organisation armée, serait essentiellement d'inspiration américaine. La nouvelle administration, qui compte négocier avec Damas et Téhéran, souhaiterait leur faire comprendre qu'au Liban et en Palestine il leur est d'abord demandé de larguer le Hezbollah et le Hamas, dans une optique évidente de défense d'Israël. Mais également parce que ces deux mouvements, le premier surtout, représentent une menace de déstabilisation régionale visant essentiellement les régimes modérés proches de Washington.
On relève ainsi que, la Syrie mise à part, les Arabes ne soutiennent pas aujourd'hui le Hezbollah comme ils l'avaient fait lors de la guerre de juillet 2006. C'est que cette fois, ils estiment qu'en réalité, il rejoint objectivement Netanyahu sur sa ligne antipaix, en s'opposant à l'Égypte qui s'efforce de réconcilier les Palestiniens, en vue de négociations avec un Israël qui se verrait forcer la main par Obama. Même Qatar, qui s'est toujours distingué par son soutien à la Résistance libanaise, fait profil bas, s'abstient de tout commentaire sur le conflit Hezbollah-Moubarak, ou de proposer une médiation.
Retour à la situation locale. Désormais, pensent les observateurs, le Hezbollah, sur la défensive, est obligé de foncer, la meilleure défense étant l'attaque. Il semblait jusque-là se résigner sinon à la défaite du moins à une victoire étriquée aux législatives. Mais, avec la perspective d'une traque judiciaire égyptienne, répercutée sur la justice locale, il a besoin de remporter au Parlement, avec ses alliés, une nette majorité des sièges. Il devrait donc redoubler d'efforts en faveur de ses alliés, Aoun en tête, dont seuls les bons résultats peuvent lui garantir cette majorité. Faire feu de tout bois, expression inquiétante s'il en est en matière de sécurité.

